Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Se déchirer la chemise pour les bonnes raisons

CHRONIQUE / Il n’y a plus grand-chose qui n’est pas matière à l’indignation. J’ai parfois l’impression que ce serait plus facile et moins long de faire l’exercice inverse et de se demander ce qui ne nous indigne pas.

Avons-nous toujours été ainsi ? Peut-être que je divague, mais j’ai l’impression que ce n’était pas aussi intense, il n’y a pas si longtemps. Il me semble que maintenant, on se déchire la chemise facilement pour tout... et trop souvent pour rien.

Les motifs à l’origine de notre indignation sont nombreux et parfois même très banals. Disons que nous avons la révolte facile.

Je ne vous cacherai pas que j’ai un petit penchant pour la révolution, celle qui est justifiée. L’histoire est emplie de moments, de personnes et de projets qui ont causé, à leur façon, une certaine révolution. C’est souvent cela qui a fait évoluer notre société, et ce, pour le mieux.

Ce qui n’aide pas à ce climat particulier, c’est probablement le fait que les réseaux sociaux nous offrent l’accès aux idées, aux croyances et aux opinions de tout un chacun. C’est comme si nous débarquions dans le salon de tous nos amis virtuels afin d’obtenir leur point de vue sur tout et sur rien. C’est simple : on lit l’insatisfaction, la colère et la révolte de tous à longueur de journée.

La formulation de la révolte fait, dans plusieurs cas, sourciller. Disons que j’ai souvent mal à mon Bescherelle. Voyez-vous, je comprends bien mal comment nous pouvons exprimer une opinion, un argument ou un commentaire qui sera pris au sérieux alors qu’il est ponctué de sacres ou d’erreurs. Mais bon, je m’égare.

Nous avons la pétition facile, de nos jours. Ça ne fait pas notre affaire ; nous lançons le bal des signatures ! Nous sommes bien loin de l’époque où les pétitions étaient imprimées avant de traîner sur les comptoirs des dépanneurs, des épiceries ou des bureaux de poste.

Il me semble que la démarche était plus noble. Les gens lisaient la pétition avant de la signer. Les personnes à l’origine de la revendication ramassaient ensuite les dizaines, voire les centaines d’exemplaires, avant de déposer officiellement le résultat.

Ai-je besoin de vous rappeler qu’une pétition en soutien à une animatrice et comédienne bien connue, mais qu’on ne voit plus tellement a, en l’espace de six jours, atteint le cap des 100 000 signatures ?

Nul besoin de vous rappeler qu’il se passe des choses bien pires au Liban, aux États-Unis et même ici. Il s’agit là d’actions, d’événements et de décisions qui vont réellement modifier le cours de nos vies.

Je nous souhaite, comme société, de continuer à nous indigner, mais pour les bonnes choses...