Je suis traîneuse. Bon, c’est dit.

S'améliorer, un cintre à la fois

CHRONIQUE / Qu’est-ce que je voudrais améliorer chez moi? C’était la question, à quelques mots près, que m’a récemment posée une coach professionnelle, rencontrée en voyage.

Son travail : développer le plein potentiel des individus. 

On était plusieurs jeunes professionnels à dresser la liste de nos bobos. Un jeune homme parlait de son stress devant une certaine tâche, l’autre de sa peur de se lancer en affaires, une de parler devant public. «Tu dois bien avoir quelque chose qui ne tourne pas rond», me répète un ami, attendant avec impatience ma réponse.

Je suis traîneuse. Bon, c’est dit.

J’ai probablement une foule d’autres défauts, mais ma tendance bordélique est probablement celle qui m’a valu le plus de commentaires. 

Je vous rassure. C’est propre chez moi. 

Mais pour une raison que j’ignore, je ne range pas mon manteau dans la garde-robe en arrivant à la maison. Je le dépose sur une chaise ou même par terre, trop pressée pour aller embrasser ma fille.

Bon, je mens un peu. J’étais comme ça avant d’avoir donné naissance. 

Dans ma chambre, même combat. Je laisse mes vêtements traîner sur les meubles, comme si je ne voulais pas perdre de temps à les plier et à les ranger dans un tiroir. Pourtant, ça ne nécessite pas une bien longue période de temps de suspendre une blouse sur un cintre. 

La cuisine, elle, doit être plus propre. Mais je dors très bien même si la vaisselle du soir traîne sur le comptoir. 

Paradoxalement, j’aime les lieux épurés. Je n’aime pas amasser et collectionner les choses. Par chance, sinon on me diagnostiquerait illico un syndrome de Diogène. En tout cas, ça me donnerait une bonne raison de passer à Canal Vie. 

Plusieurs théories expliquent cette tendance bordélique. Certains psychologues associent ce défaut à un refus de vieillir. Un complexe de Peter Pan? Ça me surprendrait. J’ai plus des petites manies de «matante» que des goûts d’adolescentes.

Ce n’est surtout pas la faute à mes parents. Ils ont tout donné pour que je devienne une passionnée de rangement. Certains mystères refusent d’être élucidés...

Mes proches ont été relativement tolérants envers ce défaut. Je dois tout aux femmes de ménage. De vraies thérapeutes conjugales. Même quand je vivais dans un minuscule trois et demi, j’avais une reine du nettoyage. Bon, à l’époque, ça me coûtait 10 $ de l’heure. J’aurais été folle de m’en passer. Aujourd’hui, elles exigent près de 20 $ de l’heure en moyenne. 

C’est un investissement, diraient les optimistes. Ça coûte moins cher qu’un thérapeute conjugal, qu’une coach de vie, et surtout, qu’un avocat. Et je vous le dis, ça sauve des couples.

Je n’ai jamais eu droit à ma consultation avec une coach. Ce n’est cependant que partie remise. 

Et d’ici ma version améliorée, quand on m’accusera d’être traîneuse, je leur rappellerai que ça pourrait être pire.

Je suis bordélique, quand même pas borderline