Marc-Étienne Côté

Reconnaître un présumé meurtrier

CHRONIQUE / Que feriez-vous si vous aperceviez quelqu'un recherché par la police? Je me suis posé cette question, cette semaine, lorsque j'ai appris que Marc-Étienne Côté, cet homme en cavale depuis le meurtre d'Israël Gauthier-Nepton survenu il y a neuf mois, avait été arrêté à Montréal.
Je l'ai appris en me réveillant, dimanche matin, lorsque mon cellulaire a vibré. J'avais reçu une notification du journal, m'informant de la grande nouvelle.
Aussitôt, une amie qui demeure dans la métropole m'a envoyé le lien de l'article du Quotidien, bien impressionnée d'apprendre qu'un présumé meurtrier se planquait à quelques rues de chez elle.
J'avais couvert le meurtre d'Israël Gauthier-Nepton, tué en se faisant tirer dans le dos, pendant qu'il prenait la fuite. Alors oui, la cavale du présumé meurtrier m'intéressait particulièrement. C'était d'ailleurs devenu une habitude pour l'un de mes patrons de me demander de retrouver Marc-Étienne Côté lorsque je me plaignais que je n'avais rien à me mettre sous la dent comme journaliste. Malheureusement, ce n'est pas moi qui lui ai mis le grappin dessus. J'aurais bien voulu, puisqu'une belle petite récompense de 2000$ était promise par la Sûreté du Québec à quiconque permettrait de localiser le Jonquiérois. Mais, entre vous et moi, je crois que j'aurais pu passer une soirée complète avec l'individu sans le reconnaître. J'exagère un peu, mais une chose est certaine, je ne l'aurais jamais reconnu si j'avais croisé son chemin. Une barbe, une chevelure bien garnie et quelques kilos en moins, ça change un homme. Et, surtout, qui accorde autant d'importance à un individu qui croise notre route dans un quartier aussi peuplé que Rosemont?
La SQ a affirmé que c'est grâce à une information du public si les agents ont pu l'arrêter. J'ignore qui l'a dénoncé, mais je lui lève mon chapeau. Premièrement pour son sens de l'observation particulièrement aiguisé, mais aussi pour son courage. Parce que dénoncer un présumé meurtrier, ça prend une dose de sang-froid. Mais bon, peut-être qu'il le connaissait aussi très bien. Mais ça, on ne le saura sans doute jamais.
D'ailleurs, on en a entendu, des histoires sur la cavale de Marc-Étienne. Celle qui revenait le plus souvent était l'hypothèse selon laquelle notre homme avait élu domicile sur les monts Valin. Une autre, un peu plus exagérée, racontait que les policiers savaient très bien où se planquait le suspect, mais qu'ils prenaient leur temps pour aller le chercher, craignant un bain de sang. J'ai souri lorsque j'ai entendu celle-là. Certaines rumeurs sont souvent inspirées de films de série B.
Personnellement, je n'ai pas été surprise qu'on lui mette la main au collet dans la métropole. Parce que les monts Valin, c'est bien beau au début, mais après des mois de cavale, j'imagine que le temps commence à y être long. Et il me semble que c'est plus facile de se fondre dans la masse, plutôt que de se cacher dans une forêt d'épinettes. Mais bon, c'est simplement mon opinion.
Quoi qu'il en soit, je me demande quel est le pourcentage de la population qui aurait été capable de reconnaître le suspect, en le croisant dans une épicerie de la rue Masson.
Ça me rappelle une histoire qui est arrivée à une collègue dernièrement. Un individu était recherché pour un délit quelconque et nous avions publié son avis de recherche dans le journal. C'est cette collègue qui avait fait la mise en page de l'article et de la photo de l'homme recherché. Cette même journée, ma collègue, qui partait pour Québec le lendemain, avait décidé d'offrir ses services pour du covoiturage via une page Facebook. Un seul individu avait répondu à l'offre. Je vous laisse deviner lequel.
Eh oui, ma chère collègue a fait le voyage avec l'homme recherché. Sans le reconnaître. Et ce n'est même pas une joke.
Si elle l'a appris, c'est que la police lui a téléphoné quelques heures plus tard, puisque quelqu'un avait vu monter l'homme à bord de sa voiture et l'avait dénoncé aux autorités. «En mettant l'article en page, je parlais avec l'individu via Facebook pour planifier le rendez-vous!», m'a-t-elle raconté.
Heureusement, cet homme n'était pas recherché pour un crime violent, mais quand même! C'est bien la preuve qu'on n'accorde pas tant d'importance aux visages de ceux qui croisent notre chemin. Même quand on est journaliste.
C'est d'ailleurs en voyant la photo récente de Marc-Étienne Côté publiée plus tôt cette semaine que je me suis rendu compte que je ne l'aurais jamais reconnu. Même si j'ai un sens de l'observation assez développé. Et même si je me tiens informée de l'actualité.
Est-ce que je reconnaîtrais David Fortin, Diane Bonneau et Hélène Martineau, tous disparus de la région? Malheureusement, j'en doute. Mais je me promets de garder l'oeil encore plus ouvert. Au cas où.