Quelle chance nous avons!

CHRONIQUE / Cette année, pour le 31, c'est moi qui avais le mandat de recevoir pour la nouvelle année. J'avais réuni plusieurs groupes d'amis, question de faire un joyeux mélange: des Saguenéens, évidemment, mais aussi des spécimens de la Mauricie, du Centre-du-Québec, de Laval et même d'Havre-Saint-Pierre - rien de moins! -, en plus d'amis originaires de France et de Tunisie.
Il y avait donc matière à avoir de nombreuses discussions sur les coutumes du temps des Fêtes et la vie en général.
Il y en a qui dépose une pièce de monnaie sur le bord de la fenêtre en arrivant et qui la reprenne en partant, question d'amener la bonne fortune sur la nouvelle année. D'autres qui croient qu'il faut faire la bise à tous les célibataires de la pièce aux 12 coups de minuit. Je ne pense pas que c'était dans Cendrillon, ça...
C'est au fil des discussions qu'une des Françaises a le plus déstabilisé les Québécois présents: «Pourquoi as-tu acheté une maison? En France, c'est un événement. C'est un truc que l'on ne planifie pas comme cela, il faut des gosses, un mari et tout le tralala!»
Et les Québécois se sont tous regardés avec un air hébété. «Parce que?», a répondu quelqu'un. «Parce que c'est normal au Québec?», a ajouté une autre, pas trop convaincue. Et tous se sont entendus pour dire qu'au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on suit idéalement à peu près tous la même route: études, maison et enfants, dans cet ordre. Personne ne se surprend de voir quelqu'un signer une hypothèque dans la fin vingtaine. En France, c'est plus compliqué.
La Française - je ne nomme jamais personne, avez-vous remarqué? - nous a ensuite expliqué ce qu'il en coûte de vivre en appartement dans la plupart des villes de France (louer, pas acheter!). Il faut prévoir le loyer, cela va de soi, mais aussi l'électricité (à un tarif beaucoup plus salé qu'Hydro, garanti!), le gaz ou le chauffage et l'eau. Imaginez comme ça hurlerait si on faisait payer l'eau à l'utilisation. Ça s'en vient, vous me direz, mais entre-temps, les piscines et les spas sont légion. Je connais même un «dividu», comme dirait l'autre, qui ouvre sa douche une dizaine de minutes avant de s'y engouffrer, question d'être bien certain qu'il y ait de la vapeur dans toute toute toute la pièce. De quoi faire pleurer n'importe quel environnementaliste!
À ce montant il faut aussi ajouter une taxe de locataire. Au lieu que ce soit le proprio qui paie les taxes municipales, le locataire doit payer pour chaque nuit passée dans son logement. On imagine aisément pourquoi il devient difficile de mettre des sous de côté pour s'acheter une maison.
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on a encore la chance que l'accès à la propriété soit...accessible. On a une belle qualité de vie, un environnement extraordinaire et de belles possibilités.
Du moins, c'est ce dont j'essayais de me souvenir quand j'ai dû déneiger mon entrée en pleine tempête pour faire passer ma voiture, que ma porte est restée coincée par le froid et que j'essayais de faire rouler ma poubelle dans 15 centimètres de neige. Quelle chance nous avons!