Photo 123rf

Quand les jeunes questionnent les élus

CHRONIQUE / Lorsque j’étais adolescente, il aurait fallu que ma vie en dépende ou que je sois payée bien cher pour que j’assiste à deux heures de séance d’un conseil municipal. Et si j’avais eu à poser une question, mon prix aurait sans doute quadruplé. Disons que comme bien des ados de mon époque, je n’étais pas la plus impliquée et encore moins politisée.

Je me souviens qu’en première secondaire, nous avions visité le bureau du maire de Saguenay, Jean Tremblay. Je n’en ai pas gardé un bien grand souvenir, mis à part qu’il nous avait montré un petit placard secret dans lequel se cachaient des sacs de chips, de la liqueur et du vin. Je l’avais trouvé bien chanceux, mais ça ne m’avait pas donné le goût de devenir mairesse et encore moins de suivre les séances du conseil municipal. À vrai dire, je pense que la première fois que j’ai mis les pieds à la salle du conseil, j’étais payée pour le faire.

Alors quand je vois une dizaine de jeunes du secondaire se déplacer à la séance du conseil municipal, comme ç’a été le cas lundi soir, à La Baie, ça m’impressionne toujours. En plus de se taper l’heure et demie d’affaires courantes et d’adoption de règlements qui est loin, disons-le, d’être ce qui a de plus palpitant sur Terre, plusieurs de ces jeunes se sont levés pour prendre place dans la file dédiée aux citoyens, afin de poser une question.

Ils étaient tous là pour questionner les élus sur LE sujet qui préoccupe la plus jeune génération. L’environnement. Je ne vous apprends rien en vous disant que les jeunes sont mille fois plus conscientisés, interpellés et surtout inquiets par le sort de notre belle planète que vous et moi, bien que nous le sommes beaucoup plus que bien d’autres personnes. Ils tentent, par différents moyens, de réveiller les plus âgés, qui n’ont pas, pour la plupart, la même conscience écologique qu’eux. Mais, surtout, ils veulent savoir ce que ceux et celles qui dirigent nos villes, notre province et notre pays comptent faire pour contrer les changements climatiques.

Lundi soir, je dois admettre que j’aurais été un peu déçue de la réponse des élus si j’avais été l’un de ces jeunes qui avaient pris leur courage à deux mains pour poser une question devant l’assistance et toute une table de conseillers et conseillères municipaux. On leur a répondu qu’un comité se penchait sur la question. On leur a dit que les citoyens de Saguenay allaient avoir accès au bac brun à l’automne 2022. 2022 ! Pour un jeune de 16 ans, 2022, c’est dans 1000 ans. On leur a assuré qu’eux aussi, ils étaient préoccupés par la question environnementale. Et on les a félicités de se mobiliser pour la cause.

Sans doute que les jeunes auraient aimé les entendre sur des actions concrètes. Ils auraient aimé avoir des réponses et des exemples clairs, plutôt qu’entendre qu’un comité se penche sur la question. Et fort probablement qu’il y en a, des exemples concrets. Mais ce n’est pas lundi soir que les jeunes, ni nous d’ailleurs, en avons appris davantage sur la question et sur le positionnement des élus face à l’environnement.

Bien dommage pour ces adolescents qui ont pris la peine d’assister à l’entièreté de la séance pour finalement repartir avec bien peu de réponses.

Ils étaient fort bien préparés, ces futurs citoyens. Espérons que les élus le seront davantage la prochaine fois qu’ils se feront questionner sur le sujet. Et il y aura une prochaine fois. Parce que mon petit doigt me dit que la jeune génération ne lâchera pas le morceau. Patricia Rainville