La mise en conserve est un art dont j’ignorais posséder quelques talents.

Quand Fardoche rencontre Ricardo

CHRONIQUE / Un garçon que je connais s’est lancé en affaire avec sa blonde, le printemps dernier. Il a choisi de vivre de la terre, en cultivant un gigantesque potager dont les fruits sont destinés à ses clients. Il a laissé tomber la ville pour s’installer dans le Bas-du-Fleuve, sur une immense terre et dans une vieille maison.

Je l’enviais un peu, lorsqu’il a raconté son projet. Je trouvais ça beau, de les voir, lui et sa blonde, se donner corps et âme pour un projet aussi grandiose qu’est la culture maraîchère. Les tourtereaux ont tout de même dû arrondir les fins de mois en travaillant dans la restauration, puisqu’on va se le dire, ce n’est probablement pas avec la culture maraîchère qu’on devient millionnaire. Du moins, pas les premières années. Et sans doute jamais d’ailleurs.

Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup pensé à eux, cet été. C’est que, comme je vous le racontais en début de saison, j’ai cultivé des petits potagers cet été, sur mon terrain arrière. C’était la toute première fois que j’essayais de faire pousser quelque chose de comestible. C’est peut-être grâce aux anciens résidants de la maison et à leur terre magique, mais nos jardins ont pris une ampleur insoupçonnée. Ils ont décidé de produire comme jamais je ne l’aurais espéré.

Pour être honnête, la culture des potagers, ce n’était pas vraiment mon idée. Mon chum, ayant grandi à la campagne, entouré de légumes, de fruits, d’animaux et tout juste en face de la ferme familiale, trouvait logique qu’on utilise nos petits lopins de terre.

Je m’y suis donc mise, histoire de voir ce que ça donnerait. Et, contre toute attente, j’ai aimé ça. Une chance, car entre vous et moi, bien que c’était plus son idée que la mienne, mon cher prince ne s’est pas transformé en Fardoche. Il passe ses semaines à l’extérieur pour le travail, donc c’était moi, telle une Émilie Bordeleau des temps modernes, qui s’occupait de nos terres et de nos animaux de bassecour, en l’occurrence deux charmantes volailles.

Passe-temps gratifiant

Je ne pensais pas que c’était aussi gratifiant de cultiver ses propres légumes. Je ne pensais pas que je serais inondée de concombres et de tomates, à un point tel que j’ai mangé des salades durant un été comme jamais je n’en avais mangé de toute ma vie. Je ne pensais pas que ça pouvait devenir aussi gros, des zucchinis. Et qu’ils pouvaient doubler de grosseur en une ou deux nuits. Je ne me doutais pas que je n’achèterais presque plus de légumes de l’été, mis à part ceux un peu plus exotiques et un peu plus capricieux à nos nuits plus fraîches. Quoique cet été, on aurait presque pu faire pousser des avocats.

Si j’ai joué à la fermière tout l’été, c’est à l’automne que je me suis bien rendu compte de l’ampleur de la tâche. Parce que le défi, dans un potager, c’est de ne pas perdre nos produits récoltés.

L’art du cannage

Je me suis donc mise au cannage, coachée par une amie qui s’y connaissait pas mal plus que moi. Ma belle-mère aussi a été d’une aide précieuse. Et je ne m’en serais sans doute pas sortie sans Ricardo. Parce que c’est tout un art, le cannage!

Ma récolte de courgettes m’a donné pas moins de 20 pots Masson de relish. J’ai du ketchup aux concombres pour offrir à tous ceux qui m’inviteront durant les Fêtes, de même que des confits d’oignons aromatisés à la bière, au vin rouge, au porto, alouette.

J’ai même canné une cargaison de tomates de mes voisins, qui ne savaient plus quoi en faire. Douze beaux pots Masson de tomates en dés assaisonnés au basilic et à l’origan. Je me suis étonnée moi-même, durant mes opérations cannage qui ont duré des journées entières. Mes mains ont senti l’oignon durant des jours. Même mon prince a succombé à la passion pour le cannage. Je lui ai découvert une habileté à manier le couteau que j’ignorais. Je me suis même surprise à l’entendre, un bon dimanche matin, me demander si on faisait de la relish durant la journée...

Avant cet été, je n’avais pourtant jamais été attirée par le jardinage, la récolte maraîchère, la cuisine et encore moins par le cannage. Je déteste aller aux pommes, c’est bien pour dire.

Mais lorsqu’on récolte le fruit de notre dur labeur, qu’on le transforme nous-mêmes pour le déguster immédiatement ou plus tard, c’est un petit sentiment de fierté qui en découle.

Nous avons planté, arrosé, cultivé, récolté, mangé, cuisiné et transformé seulement en y mettant un peu d’efforts.

Et en plus d’avoir été rassasiés tout l’été, nous avons réussi à nous faire une provision de 62 pots Masson remplis de légumes transformés de 1001 sortes. La fin du monde peut arriver.