«Ça ne me disait rien de me faire accompagner par un pur inconnu, alors je lui ai souri poliment et j'ai poursuivi ma route sans lui prêter attention.»

Promenons-nous dans les bois

CHRONIQUE / Il y a des jours où je déteste être une femme. Surtout lorsque je me promène seule dans les bois.
Étant une adepte de balades en forêt, j'essaie de me planifier une randonnée pédestre hebdomadairement. J'y vais seule la plupart du temps, puisque je savoure ces moments de solitude en pleine nature. Mais il y a quelques semaines, un homme d'un certain âge a rebroussé chemin lorsqu'il m'a croisé dans un sentier, m'affirmant qu'il avait envie de continuer sa balade en ma compagnie.
Ça ne me disait rien de me faire accompagner par un pur inconnu, alors je lui ai souri poliment et j'ai poursuivi ma route sans lui prêter attention.
Il m'a alors interpellée, me sommant de ralentir parce que je marchais trop vite pour lui. J'ai fait comme si je n'avais rien entendu et j'ai accéléré le pas. Le sentant toujours non loin derrière, je lui ai dit que je préférais marcher seule. Il a néanmoins continué sa route à mes trousses et il a presque fallu que je coure pour finalement le semer.
Peut-être que ce marcheur n'avait pas d'idée derrière la tête. Peut-être qu'il voulait simplement un peu de compagnie.  
J'ai appelé mon chum en arrivant à la maison pour lui raconter ma mésaventure. Il a rigolé, me disant qu'il avait dû me trouver mignonne dans mon kit de sport. Je lui ai répondu qu'à ses yeux, c'était sans doute assez drôle, puisqu'en tant qu'homme de 5 pieds 11 pouces plutôt bien bâti, il n'avait sans doute jamais eu peur de se promener seul dans les bois.
C'est dans ces moments-là que je déteste être une femme. Puisque même si je ne suis pas la fille la plus peureuse qui soit, il y a toujours cette pensée fatigante qui nous traverse l'esprit lorsqu'on croise des inconnus de sexe masculin dans des endroits isolés.
Une amie me racontait avoir croisé un homme dans les sentiers plutôt isolés du parc Rivière-du-Moulin, qui lui avait demandé si elle avait peur de se retrouver seule avec lui, loin des regards. Voyons donc, à quoi pensent les hommes qui lancent de telles phrases à des dames? Peut-être se trouvent-ils drôles, mais je peux vous assurer qu'aucune femme n'aime ce genre de joke.
C'est comme la fois où, beaucoup plus jeune, j'avais fait du pouce avec des amies. L'homme qui nous avait embarquées avait tenu à préciser qu'on ne devait pas avoir peur, puisque ce n'était pas un violeur. Vraiment, merci de nous le spécifier, que j'aurais voulu lui répondre. Mais j'avais plutôt gardé le silence, priant plutôt le ciel pour qu'il dise vrai.
Lorsque je suis retournée faire une randonnée en début de semaine, j'ai évidemment pensé à cet homme qui m'avait demandé de marcher moins vite. Mais je n'ai surtout pas voulu me conforter dans cette crainte et m'empêcher d'aller me balader seule dans les bois.
Je ne veux pas parler au nom de toutes les femmes, mais je peux vous dire, messieurs, qu'il n'y en a pas beaucoup parmi nous qui aiment se faire suivre dans les sentiers ou se faire apostropher en nous demandant si on a peur de se retrouver seule avec vous... Parce que c'est le fait de nous le demander qui sèmera un petit doute dans notre esprit. Et qui nous forcera à presser le pas. Le seul point positif dans cette histoire, c'est que j'ai battu mon record de randonnée la plus rapide sur mon application qui calcule mon temps passé à faire du sport.
Dans le milieu de travail aussi
Si je préférerais être un homme lorsque je ressens une petite crainte à me balader seule en forêt, j'ai aussi une petite frustration d'être une femme dans mon milieu de travail.
Surtout lorsque je sens une injustice face à la gent masculine. Il y a quelques semaines, je vous en parlais d'ailleurs dans cette page, j'ai reçu une tonne de messages et de courriels de lecteurs et de lectrices, me faisant part de leur mécontentement après avoir signé des textes sur la venue d'un événement XXX ici, au Saguenay. On m'a accusé de faire du sensationnalisme, on m'a dit que j'étais complice de cette industrie qu'est celle de la pornographie. Jusqu'ici, je suis capable d'en prendre et j'ai lu et pris bonne note de toutes les critiques à mon endroit.
Venu le jour dudit événement, c'est un collègue mâle, en l'occurrence Jonathan, qui a été assigné à la couverture des auditions pornographiques. Son texte a fait la une du Quotidien et a été publié en page 3.
Je m'en souviens très bien, puisque j'étais au pupitre ce soir-là. J'avais bien hâte de voir si mon cher collègue allait recevoir autant de messages que j'en avais reçu à la suite de la publication. Eh bien, imaginez-vous donc qu'il n'en a pas reçu un seul!
J'ignore si c'est dû au fait qu'il soit un garçon, mais je suis convaincue, au fond de moi, que si j'avais été affectée à la couverture de l'événement XXX, ma boite de courriel aurait explosé. Et je ne pense pas qu'elle aurait explosé de félicitations...