Pollution auditive estivale

CHRONIQUE / Les pages Spotted d’aujourd’hui sont les versions contemporaines des agoras de la Grèce antique. Tout y est ! Les rassemblements y sont à la fois sociaux, politiques et mercantiles. La seule différence réside dans le fait qu’aujourd’hui, nous y siégeons de manière virtuelle.

Le tribunal populaire des réseaux sociaux n’a pas de pitié ; tout y passe. Le service à l’auto d’un restaurant qui n’était pas parfait, la beauté remarquable d’une automobiliste qui patiente à un feu de circulation ou un portefeuille perdu ; tout est matière pertinente à l’agora virtuelle qu’est la page Spotted.

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai cette grande impression que les grands penseurs d’aujourd’hui naviguent sur les réseaux sociaux et particulièrement sur les pages Spotted. À l’image de l’Héliée, toutes les décisions qui y sont prises sont sans appel.

Il y a quelques semaines, les passions se sont déchaînées sur la page Spotted de Saint-Bruno.

« Chapeau au gars de la rue 4-H qui s’est amusé toute la fin de semaine et qui attend le dimanche soir à 5 h pour tondre son foutu gazon pour nous empêcher de souper en paix... Aucun respect d’autrui. Bravo champion ! »

Je vous rassure, tout de suite, il ne s’agit pas d’un phénomène unique à la banlieue almatoise. Hé non ! Le tribunal virtuel saguenéen frappe également en ce sens. « Deux voisins qui passent leur tondeuse dimanche soir, 23 juin, à 20 h 30... », pouvait-on lire, mardi, sur la page Spotted Chicoutimi.

Saguenéens et Jeannois, visiblement, nous avons de graves problèmes quant à la gestion des plages horaires de tonte de gazon. J’ajouterais également que nous avons de graves problèmes de tolérance envers notre voisinage.

Les conventions entourant la tonte de gazon ne sont guère farfelues alors que plusieurs municipalités se sont dotées de règles balisant cette tâche hebdomadaire.

Plusieurs villes du Québec interdisent la tondeuse les soirs de fin de semaine. C’est notamment le cas de L’Ancienne-Lorette, alors que l’opération de la tondeuse s’inscrit dans une réglementation municipale depuis le 4 juillet 2018. « Les travaux de tonte sont dorénavant permis uniquement entre 7 h et 21 h, du lundi au vendredi, et entre 9 h et 17 h, le samedi et le dimanche », peut-on lire sur le site Internet. La ville de Carignan dispose d’un règlement similaire, qui inclut d’autres interdictions, dont les travaux de menuiserie, de coupe d’arbre et de coupe de bois et de métaux.

Et ne me dites pas que cela ne se passe qu’ailleurs. Souvenez-vous qu’en 2014, l’ancien maire de Saguenay Jean Tremblay avait questionné les citoyens quant à un règlement interdisant de passer la tondeuse le dimanche.

Il y a quelque chose d’ironique dans cette vie de quartier. D’un côté, nous décrions le manque de respect de notre voisin de passer la tondeuse à un moment qui ne nous convient pas alors que d’un autre côté, nous semblons être passés sur la tolérance avec notre tondeuse... Annie-Claude Brisson