Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Plus facile à dire qu’à faire

CHRONIQUE / Les films à gros budget surutilisent très souvent la classique question « Est-ce qu’il y a un médecin dans la salle ? » lorsqu’un personnage se retrouve mal en point.

Eh bien, j’ai l’impression que depuis quelques jours, c’est presque l’entièreté de mes amis Facebook qui pourraient répondre par l’affirmative à cette question. J’ai cette grande chance, voyez-vous, d’être entourée d’une communauté virtuelle grandement informée sur les moindres détails de la COVID-19. Et comme si ce n’était pas assez, ces amis Facebook semblent tous être spécialisés en santé publique, en milieu de la santé, en éducation et en politique.

Pour être honnête, je redoutais la journée de lundi, lorsque le gouvernement Legault annoncerait son plan de réintégration pour les écoles du Québec. Le plan de match n’était pas encore dévoilé que j’en avais à ras le pompon des commentaires, des idées et des opinions de tout un chacun.

Il n’y a pas si longtemps, c’est-à-dire au gros maximum quelques semaines, le Québec quasi entier glorifiait chacune des décisions du premier ministre François Legault, tout en s’abreuvant des sages et drôles paroles du Dr Horacio Arruda.

Puis, les représentants de ce gouvernement élu par la population, je le rappelle, ont avancé l’idée d’un retour à l’école. Et ce fut le début de la fin... avant même que ledit plan soit dévoilé.

Le plan : un retour progressif et facultatif en classe. J’ose à peine imaginer les réactions si les parents n’avaient pas eu le choix.

Je vais le dire avant que ça devienne un reproche : c’est vrai, je n’ai pas d’enfant. Mais là n’est pas le point. Nul besoin de me dire que je ne comprends pas la situation parce je n’ai pas encore enfanté.

C’est bien simple : ce sont nos réactions qui m’agacent.

Je suis une grande rationnelle, j’en conviens. C’est probablement pour cette raison que j’ai bien de la difficulté à concevoir que mon idée est meilleure ou sera plus sécuritaire pour la société que celle réfléchie et annoncée par nos gouvernements. Dans cette même logique, je ne comprends pas comment un commentaire publié sur Facebook peut aider la situation.

Chaque annonce et chaque décision sont décortiquées par monsieur et madame Tout-le-Monde. À ce stade de la crise, il n’y a plus aucune annonce ni décision qui feront l’unanimité. Mis à part d’attiser le brasier déjà en grande forme et d’augmenter le caractère anxiogène de cette crise, je n’y vois pas la pertinence.

Je ne dis pas non plus de tout avaler ce qui est dit sans réfléchir. J’y vais plus d’un appel à la modération.

Je peux comprendre qu’il y a une certaine peur, encore plusieurs interrogations et beaucoup d’angoisse quant à cette portion du plan de déconfinement, mais il faudrait apprendre collectivement à se gérer.

Après tout, ce n’est certainement pas dans notre salon que nous obtenons toutes les informations qui permettent aux experts de prendre les décisions que nous découvrons quotidiennement.

C’est assez paradoxal. On est là, collectivement, à critiquer les médias et leurs satanées questions lors du point de presse quotidien du gouvernement pendant qu’on emplit Facebook de nos commentaires et de nos idées de génie.