Plus d'employés de qualité

CHRONIQUE / Je flânais avec un ami dans une galerie d’art de Montréal lorsque le directeur des lieux a reconnu mon accent. « Mon rêve, c’est de vivre au Saguenay-Lac-Saint-Jean. »

Bon, je me disais que c’était peut-être sa façon de complimenter notre région ou une douteuse technique de vente.

Ben non, c’est réellement un rêve pour lui de vivre ici. Il vient d’ailleurs régulièrement dans la région, autant l’hiver que l’été. Il passe ses vacances au Lac-Saint-Jean. Il a des amis ici. 

Alors, pourquoi ne pas réaliser son rêve ? On s’entend qu’il y a des rêves plus compliqués à réaliser. « Il n’y a pas beaucoup d’emplois chez vous. »

Bang ! Il venait de me servir la même phrase que j’ai entendue il y a 10 ans, quand j’ai terminé mes études universitaires à Québec.

Mais depuis ma toute première journée en tant que stagiaire à Saguenay, je n’ai jamais manqué d’emploi. C’est plutôt mes amis de Québec et Montréal qui ont dû être plus patients avant de décrocher un travail dans le même domaine. 

Cette idée qu’il n’y a pas de bons emplois en région est tenace et aussi véhiculée par nos politiciens. « Ça prend des emplois de qualité pour attirer des gens ». Presque tous les candidats aux élections municipales et même à l’élection fédérale partielle ont exprimé de tels propos. 

De l’autre côté, des entreprises de la région crient au manque de main-d’œuvre. Un manque qui freinerait même leur croissance. Qui a raison ?

De l’emploi de qualité, il y en a. Un de problèmes, à mon avis, c’est notre façon de chercher du travail. Avant, les meilleures offres se trouvaient dans le journal. Un endroit, c’était facile. Évidemment, je prêche pour ma paroisse. Mais les gens qui ne cherchaient pas d’emploi avaient facilement accès à ces offres et pouvaient ensuite informer des proches. Maintenant, les emplois sont affichés sur plusieurs sites spécialisés. Les entreprises font de plus en plus affaire avec des chasseurs de têtes. Certaines offres nous échappent, c’est inévitable. 

Parce que dans la région, les firmes cherchent encore des comptables, les entreprises ont besoin d’ingénieurs, de soudeurs. Les experts en ressources humaines sont une denrée rare. Même dans mon milieu, reconnu pour être difficile en région, il y a plusieurs offres d’emploi intéressantes en ce moment même. En fait, je n’en ai jamais vu autant que cette année.

Et ça ne s’arrêtera pas là. Le Québec atteindra des sommets d’emplois inégalés en 2019. Et en 2024, on prévoit un taux de chômage de 5,6 %, le plus bas depuis les années 60. 

Dans notre région, la progression sera un peu plus lente, mais les analystes du gouvernement prévoient la création de 1000 nouveaux emplois avant la fin de 2019. Et pour la même période, on parle de 22 000 départs à la retraite ici. Les experts refusent d’annoncer une pénurie, mais admettent que la rareté de la main-d’œuvre affectera plus durement certains secteurs et régions.

Alors, qui va combler tous les nouveaux emplois ? Le gouvernement se fie à une hausse de la participation des femmes, des sexagénaires et des immigrants. On se croise les doigts !

La planche de salut, à mon avis, résidera dans la faculté d’adaptation des travailleurs. Développer des compétences dans un autre domaine qui nous intéresse pour mieux évoluer dans un marché du travail en constant changement.

Parce qu’on n’annonce malheureusement pas une forte croissance dans l’agriculture, les mines et la forêt. La hausse sera marquée dans le milieu des finances, des services, des affaires, du transport, de la machinerie et dans les métiers. Certains emplois vont mourir alors que de nouveaux types de postes vont apparaître.  Pourquoi ne pas devenir un soudeur et un technicien en comptabilité ? Une coiffeuse et une gestionnaire ? Un machiniste et un expert en médias sociaux ? Ça vous semble farfelu ? 

Parlez-en à mon ami André, policier et denturologiste. Ben oui, ça se peut !