Les journalistes Isabelle Tremblay (Le Lac-Saint-Jean), Carolyne Labrie (Bell Média), Claude Bouchard (Radio-Canada), Mélanie Patry (Radio-Canada), Mélissa Savoie-Soulières (Radio-Canada), Priscilla Plamondon-Lalancette (Radio-Canada) et la finissante en journalisme Émilie Gagnon témoignent dans la capsule #pasunepoupée.

#pasunepoupée moi non plus

CHRONIQUE / En tant que femme et en tant que journaliste, je me suis évidemment sentie interpellée par la campagne #pasunepoupée, lancée par la FPJQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Je ne passe pas à la télé, comme la plupart des journalistes témoignant dans la capsule, alors je suis donc moins exposée qu’elles aux insultes gratuites sur l’apparence physique ou aux remarques à caractère sexuel. Il n’en demeure pas moins qu’on a toutes, ou presque, quelques moments désagréables que nous avons eu à encaisser dans le cadre de nos fonctions.

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Je me souviendrai toujours de cette fois où je m’étais rendue à une entrevue avec trois hommes d’une organisation que je ne nommerai pas. Ces hommes m’accordaient une entrevue, car ils se cherchaient un nouveau local. Je m’étais donc déplacée, seule, dans un local quelque peu désaffecté afin de les rencontrer. Je devais avoir 22 ou 23 ans. Ces messieurs avaient peut-être du mal à me prendre au sérieux et ils ne s’étaient pas gênés pour me faire des remarques sur mon physique. « C’est une belle grande créature que je vois là », m’avait dit l’un d’entre eux. J’étais évidemment mal à l’aise, mais je n’y faisais pas trop attention, espérant plutôt que cette entrevue se termine au plus vite. Les remarques s’étaient multipliées, jusqu’à ce que l’un d’entre eux me demande d’approcher. Il avait alors enfoui son nez dans mon cou. « Pis elle sent “bonne” à part de ça », avait-il dit à ses amis.

J’avais finalement quitté les lieux, une fois l’entrevue complétée. Je ne m’étais pas vraiment défendue, ne sachant pas comment réagir. Le pire dans toute cette histoire, c’est que ces hommes n’avaient sûrement pas voulu me mettre mal à l’aise ni me faire peur. Mais j’avais ressenti ces deux émotions.

Aujourd’hui, avec dix ans de journalisme derrière la cravate, j’aurais probablement été capable de remettre ces « charmants » messieurs à leur place. Mais pas à cette époque.

Il y a aussi cette fois où un chef cuisinier, que j’interviewais lors d’un brunch de la fête des Mères, s’était excusé, prétextant qu’il n’arrivait pas à se concentrer avec « des yeux cochons de même ». J’avais rougi, mais surtout, j’avais ri jaune.

Il y a aussi cette fois où un avocat avait dit à mon photographe que j’étais belle. Lorsque je m’étais retournée pour marcher vers la salle d’audience, il avait ajouté que « j’avais aussi des belles fesses », toujours en s’adressant à mon collègue, mais assez fort pour que je l’entende. C’était sans doute ce qu’il voulait.

Mais la jeune journaliste que j’étais, elle, aurait aimé ne pas l’entendre. Eh oui, je m’étais un peu sentie comme une poupée.