Partir sans l’époux

CHRONIQUE / « Tu pars en vacances sans ton mari. C’est parce que tu te sépares ?

– Non, je pars avec une bonne amie.

– … »

Loin de moi l’envie de donner dans la statistique, toutefois, je vous avouerais que c’est la réponse qu’on me sert, un bon sept fois sur dix.

Il y a quelque chose d’incompris dans le fait de partir en vacances sans son conjoint ou sa conjointe. C’est rare qu’on ne doive pas se justifier. Et pourtant, je ne parle pas de partir quatre semaines par année, été après été. Je parle, ici, de partir une semaine lorsque le bon plan se présente. J’attribue cela au fait que pour plusieurs, voyager se classe dans la catégorie du projet de couple ou du luxe.

New York, Louisiane, Cuba, Équateur et l’Islande. J’ai trimballé mon sac à dos de fille qui rêve d’un monde meilleur dans ces terres inconnues, sans l’époux. Je vous rassure, j’ai aussi vu d’autres coins de la planète avec lui. Nous avons nos traditions. Nous adorons faire la route vers les États-Unis en quête des meilleurs matchs de baseball !

D’ailleurs, au moment où vous lisez ces mots, l’époux et moi revenons de quelques jours à Chicago.

On a parfois le besoin d’aller voir ailleurs qui nous sommes, pour mieux revenir.

J’ai eu mon lot d’aventures, à l’étranger. Impliquée dans un accident de la route mortel, coincée dans une tempête tropicale ou une compagne de voyage qui perd son passeport. Rien de cela ne m’empêche d’aller voir ailleurs pour mieux revenir.

Réfléchir l’itinéraire, le kilométrage, les endroits où nous dormirons, c’est une façon de me prouver. Mettre les deux pieds dans une ville inconnue, c’est une façon de débuter une nouvelle page du carnet.

C’est ailleurs que je trouve le meilleur de ma personne, que je ramène, ensuite, ici.

Ces quelques jours à l’autre bout du monde sont, en quelque sorte, une mise à jour. Je reviens, chargée à bloc, pour des semaines et des mois.

C’est à l’autre bout du monde que je trouve la confirmation que je suis à ma place dans mon grand Saint-Bruno.

Je vous rassure, et je me rassure, chaque fois, à l’autre bout du monde, j’ai la confirmation que j’ai bien hâte de retrouver mon p’tit mari et de tout lui raconter.

Pour être honnête, il y a bel et bien un petit malaise à partir sans l’être aimé. Cela se passe dans la préparation dudit voyage. Comment vous dire ? Je me gère l’excitation. Parce que j’ai la crainte de lui casser les oreilles. Et pourtant !

Probablement que mon sac de voyage, qui déborde, a encore de la place pour mes élans féministes.

Est-ce qu’on pose la question aux gangs de chums à la pêche, à la chasse ou en excursion de motoneige ?

« Tu as été à la chasse sans ta femme ? C’est parce que tu te sépares ?» Annie-Claude Brisson