Oui aux exclusivités

CHRONIQUE / Le Cégep de Jonquière et la région seraient si «peu confiants» en leur qualité et capacité d’attraction au point de «quémander» l’exclusivité d’un programme d’enseignement pour attirer des étudiants.

C’est ce que le blogueur Alain Dufresne a laissé entendre dans son dernier papier, publié cette semaine dans Le Journal de Québec.

Le directeur du Collège Radio Télévision de Québec dénonçait le «monopole» du cégep jonquiérois sur le programme d’Art et technologie des médias. L’homme de radio ne croit pas aux exclusivités régionales et estime que la compétition est nécessaire dans le milieu. Si la région et le Cégep sont bons, ils n’ont pas à craindre la compétition, selon le blogueur. «Est-ce que le Cégep de Jonquière craint de ne plus être à la hauteur s’il avait de la concurrence?», a-t-il écrit.

Bon, je vais m’efforcer de demeurer polie. Parce qu’à la lecture de son texte, diffusé sur les réseaux sociaux, ma montée de lait a été devancée de quelques mois.

Je viens de la région, mais je n’ai pas étudié à Jonquière. J’avais envie de quitter le nid pour Québec à cette époque.

Mais il faut vraiment être déconnecté pour croire que les programmes en région peuvent devenir plus forts que ceux offerts à Québec ou à Montréal.

Non pas parce que les enseignants sont moins compétents et à jour dans leurs connaissances. Mais mathématiquement, il y aura toujours plus d’étudiants dans les écoles situées dans les centres urbains. Et qu’est-ce qui vient avec le nombre d’élèves ? Le financement! Plus il y a d’étudiants, plus le cégep peut dépenser dans des infrastructures et des équipements de pointe.

Le blogueur croit aussi que la création de nouvelles écoles permettrait d’attirer une relève plus forte. Parce qu’il manque de travailleurs dans le monde médiatique, clame-t-il. Comme si le lieu de la formation influençait le choix de carrière. N’y a-t-il pas des milliers de régionaux dans les universités des grands centres?

D’abord, le problème de main-d’oeuvre dans ce domaine est beaucoup plus complexe que ça. Ce n’est pas le manque d’offre scolaire qui freine les jeunes, à mon avis. Il y a plus d’un chemin pour devenir journaliste ou animateur. Les bouleversements que vivent les médias traditionnels en sont plus pour quelque chose.

«Le ministère de l’Éducation n’est pas l’Office du tourisme ou un bureau de développement régional», a aussi critiqué M. Dufresne.

Au contraire. C’est brillant d’un gouvernement de favoriser l’occupation du territoire à travers ses différents ministères. Je ne pense pas que le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire est capable de faire face seul à cet enjeu important pour les régions de la province. Alors que Montréal et Québec voient leur population croître à une vitesse effrénée, celles des régions demeurent stables ou en baisse. On doit continuer à maintenir nos jeunes pour demeurer une région dynamique. Pas juste une région ressource bien pratique pour produire de l’électricité aux citadins.

Et à ceux qui se plaignent de notre hargne, qui nous accusent d’entretenir un «complexe d’infériorité» ou de «supériorité», ça ne sera sûrement pas les gens de Montréal ou de Québec qui vont faire la promotion du développement régional. Pas parce qu’ils ne nous aiment pas. En fait, j’espère. Mais ils ont d’autres chats à fouetter. Ce n’est pas moi qui vais monter aux barricades pour réclamer un troisième lien à Québec.

Mais je vous rassure, M. Dufresne. C’est toujours les gens des régions qui vont se déplacer plus que vous pour les études. Pas le contraire. Même si on a des exclusivités.

P.-S. – Ça n’a jamais tué personne de la ville de découvrir les réalités des régions... Sans rancune! Laura Lévesque