On n’opère pas à coeur ouvert

CHRONIQUE / C’est arrivé tout bonnement, sans avertissement, alors que je faisais des emplettes dans une pharmacie. C’est le cas de le dire, on y trouve de tout, même un ami, parce que j’avais les bras pleins à ras bord.

Tout tenait en équilibre, entre mes deux minouches, alors que les items arrivaient tant bien que mal à s’accrocher entre eux. Faisait chaud dans la file, avec le manteau, le foulard et la pyramide d’emplettes.

Mon tour approchait. J’avais hâte d’être libérée de mon épreuve digne de Fort Boyard. J’y étais presque, le couple devant moi récupérait sa monnaie. Sans rien voir, je fus dépassée, à la vitesse de l’éclair, par une dame âgée.

J’étais gelée, non pas par ce qui est légal depuis octobre, mais plutôt par la situation. La caissière était aussi stupéfaite que moi. On a échangé un regard et on a souri.

Heureusement, elle a dégelée plus rapidement que moi et elle s’est adressée à la cliente.

« Madame, vous venez de dépasser la personne qui était devant vous.

– Oui, je sais. Mon mari attend dans l’auto. »

C’était aussi simple que cela. Son mari attendait dans l’auto. Je l’imaginais à demi mort ayant besoin d’un rare médicament. Probablement pas ! Sa femme venait d’acheter trois petits ornements de Noël, un jeudi, à 9 h.

Pas de « Désolé ! », « Excusez-moi ! » ou un petit peu de théâtre avec « Ah ! Je ne vous ai pas vue ! ».

Rien de tout ça. C’était totalement assumé.

Vous savez, cette urgence de vivre. Celle qui vous amène à dépasser la file de clients à la caisse, un matin de semaine, pour payer des décorations de Noël.

C’est probablement ça, l’esprit des Fêtes...

En plein apogée du temps des Fêtes, il s’agit là de la bonne occasion pour se souvenir collectivement de se calmer l’esprit des Fêtes.

J’ai, d’ailleurs, une pensée pour les employés de commerces de détail qui additionnent les longues journées de travail depuis le 1er décembre.

N’oublions pas que personne n’opère à cœur ouvert ! C’est, sans blague, la maxime de ma vie. Elle arrive tout juste devant une autre que j’affectionne pas mal, « C’est O.K., personne ne saigne ! »

Deux petites phrases qui me rappellent que nous sommes rarement à cinq minutes de mourir.

Je comprends et je le vis également, le stress des Fêtes, le réveillon, la ribambelle de cadeaux, alouette.

Je suis d’avis qu’il n’y ait rien qui excuse un manque de respect ou de courtoisie. Pas même d’extraordinaires ornements pour votre arbre de Noël.