Le spectacle de Jennifer Lopez et Shakira était magnifique, mais était-il nécessaire de montrer autant de peau en si peu de temps?

On ne sait plus quoi penser

CHRONIQUE / L’être humain est rempli de contradictions.

D’un côté, on nous dit de dénoncer la surexploitation du corps de la femme. D’un autre, on applaudit une artiste qui danse à moitié nue autour d’un poteau à la mi-temps d’un match de football regardé par plus de 100 millions de téléspectateurs.

D’un côté, on dit à nos jeunes filles d’être bien dans leur peau et de s’accepter comme elles sont. D’un autre, on leur garoche en pleine face des images de femmes, disons-le, assez parfaites merci, à longueur de journée sur les réseaux sociaux et à la télévision.

Certains diront aux femmes de ne pas exploiter leur physique pour réussir, alors que d’autres affirmeront que celles qui le font en ont bien le droit, puisqu’elles sont maîtres de leur corps. On crie au féminisme dans les deux cas et, le pire, c’est que les femmes finissent par se chicaner entre elles sur la question.

Même à 33 ans, je ne sais plus quoi penser. Imaginez à 16 ans.

J’ai regardé, comme pratiquement toute la planète, le spectacle de la mi-temps du Super Bowl. Je l’ai trouvé absolument divertissant et magnifique. Mais je dois admettre que je me suis demandé s’il était absolument nécessaire de dévoiler autant de peau en si peu de temps. Surtout lorsque j’ai vu les rappeurs masculins monter sur scène en habits de jogging, alors qu’on pouvait très bien imaginer de quoi avait l’air Jennifer Lopez flambant nue... Il y a une certaine injustice, ici, vous ne trouvez pas?

Lorsque j’étais adolescente, je me souviens avoir regardé les vidéoclips de Jennifer Lopez avec un sentiment d’envie et de jalousie. Je devais avoir 14 ou 15 ans et je rêvais de lui ressembler.

Bien que ma personnalité et mon estime de soi se sont forgées au fil des années, il m’arrive encore de me comparer aux grandes vedettes de la pop, qui se trémoussent à qui mieux mieux, laissant paraître un corps parfaitement sculpté et qui ne semble pas subir les effets du temps.

Je dois dire que c’est encore pire lorsque je suis au gym. Comme dans tout bon centre de conditionnement physique, plusieurs télévisions sont installées dans celui que je fréquente. On y diffuse les nouvelles en continu et les matchs de sport, mais aussi les tendances du monde de la musique. Des vidéoclips dans lesquels les femmes projettent, plus souvent qu’autrement, une image complètement erronée de la vraie vie.

Pendant que je sue ma vie sur le tapis roulant, rouge comme une tomate, habillée tout croche et les cheveux à moitié trempés, les femmes au corps de sirène défilent devant moi. Est-ce une tactique pour qu’on s’entraîne plus fort pour leur ressembler? Sans doute un message subliminal!

Je suis chanceuse, ça ne fonctionne pas tellement pour moi, j’ai passé l’âge de vouloir devenir une déesse à la Jennifer Lopez.

Mais à 15 ou 16 ans, j’aurais sans doute augmenté la vitesse de mon tapis, espérant arriver à la ligne d’arrivée en même temps qu’elle. Et j’aurais été bien déprimée de ne jamais y arriver.