Monsieur Badoo

J’ai bien failli ne pas le « liker ». Les 250 kilomètres qui nous séparaient me rebutaient, mais sa belle face a finalement eu raison sur mon hésitation. Et mercredi, nous célébrerons notre deuxième Saint-Valentin.

Eh oui. Vous l’aurez deviné, mon chum et moi, on s’est rencontrés sur Internet. Il n’y a pas grand-chose d’étonnant ni d’original là-dedans. Rares sont les célibataires de 30 ans qui n’essaient pas, un jour ou l’autre, l’une de ces applications. Si ce n’est pas pour rencontrer l’âme sœur, c’est juste pour s’amuser un peu.

Alors, voilà. Un soir, je me suis inscrite sur Badoo. J’avais déjà expérimenté Tinder, mais je me suis dit que je pourrais élargir mes horizons. 

Je n’avais rien à perdre, et surtout rien à faire ce soir-là, alors j’ai rempli la fiche d’inscription. 

Vous savez, quand une nouvelle fille fait son apparition sur ce genre de sites, elle suscite rapidement la curiosité. J’ai donc été submergée de messages et de « likes », comme on dit dans le jargon, en quelques heures. Disons que faire le tri parmi ces « prétendants » m’a occupée une bonne partie de la soirée. 

Et, sans vouloir être difficile, rares étaient ceux qui attiraient mon attention. 

Oui, malheureusement, notre sélection n’est que superficielle, physique. C’est comme ça, on ne peut pas être séduit par le sens de l’humour d’un gars ou le charme d’une fille simplement en voyant sa photo. C’est comme jouer à la roulette russe. On peut prendre le risque de passer à côté de l’amour de notre vie en supprimant une demande qui, à première vue, ne nous intéresse pas. Mais d’un autre côté, on prend le risque de tomber sur un abruti pourtant fort séduisant. Mais bon, c’est aussi comme ça lorsqu’on essaie de rencontrer l’amour dans les bars, j’imagine. 

Je dois admettre que je ne cherchais pas l’amour désespérément. Donc, la plupart des demandes reçues ont été rapidement rejetées en un simple clic. 

Sauf lui. J’ai regardé sa photo durant quelques minutes avant de me rendre compte qu’il demeurait à Lévis. Voyons, Lévis ! Qu’est-ce que je pourrais bien faire d’un chum qui habite à deux heures et demie de route de chez moi ? 

Alors oui, je suis passée à un cheveu de supprimer son invitation. Mais ses yeux coquins, ses cheveux châtains, et surtout, sa fossette dans le menton ont eu raison de moi. 

J’ai donc cliqué « j’aime » en retour. 

On a jasé un peu ce soir-là. Et on a jasé quelques jours avant de finalement fixer un rendez-vous. Je ne suis pas le genre de personne à me contenter de discussions virtuelles. J’aime les contacts humains. Et, on va se le dire, jaser à travers un écran ne nous permet pas de connaître véritablement quelqu’un. 

Bon, inutile de vous dire que ladite rencontre s’est bien passée, puisque nous sommes encore ensemble aujourd’hui. Et la distance n’a pas vraiment été un obstacle à notre début de relation. On a appris à connaître le parc des Laurentides par cœur, mais à part ça, la route ne nous a pas empêchés de nous épanouir. 

Et je me dis souvent que jamais, au grand jamais, nous nous serions rencontrés, n’eut été ce petit « like » échangé. 

J’ignore comment notre route aurait pu se croiser autrement. Il n’avait mis les pieds qu’une seule fois au Saguenay-Lac-Saint-Jean, lors d’une expédition de Ski-Doo sur les monts Valin. Ce n’est certainement pas là qu’on aurait pu se rencontrer. Il vivait à Lévis, mais avait passé sa jeunesse et sa vingtaine dans le Bas-Saint-Laurent, une région que je ne connaissais pas jusqu’ici. 

Il est électricien, et je suis journaliste. Professionnellement, je ne vois pas trop comment on aurait pu se rencontrer. On n’avait aucun ami en commun. Même pas le meilleur ami du beau-frère d’un cousin éloigné. Bref, rien, mais absolument rien, ne nous liait. 

On s’est découvert, mais on a aussi découvert des coins de pays jusqu’alors inexplorés. Tout ça grâce à un tout petit « j’aime ». 

Oui, il y a des rendez-vous qui se terminent mal. Oui, il y a des histoires d’horreurs sur ce genre de site. Et surtout, oui, il y a des rencontres décevantes. Mais je ne pourrais pas regretter d’avoir rempli ma fiche d’inscription, ce soir-là. Et surtout d’être allée au-delà des frontières virtuelles que je m’étais fixées. 

Bonne Saint-Valentin, M. Badoo. 

Patricia Rainville