Moi, raciste?

CHRONIQUE / C’est ce qu’une ancienne collègue m’a récemment accusée d’être. Notre discussion a commencé en parlant du racisme « ambiant » en région. À son avis, les Saguenéens et les Jeannois sont plus racistes qu’ailleurs. Qu’à Montréal, par exemple, une ville cosmopolite.

C’est sûr qu’avec l’arrivée de quelques dizaines d’immigrants par année, on ne peut se vanter d’être un territoire fertile en matière d’immigration.

« Les gens ne viennent pas s’établir ici. Est-ce qu’il fait trop froid ? Est-ce trop unilingue français ?», avait questionné le maire d’Alma, imageant bien le manque d’attraction de la région envers les différentes communautés.

Mais est-ce que le peu d’immigrants est directement proportionnel à notre ouverture?

Permettez-moi d’en douter.

Vous vous demandez pourquoi on m’a traitée de raciste. J’y viens. 

J’explique à mon ancienne collègue, qui, je dois le spécifier, est une militante acharnée dans plusieurs causes, que les gens d’ici se montrent enthousiastes envers les nouveaux arrivants. On les considère même en sauveurs. 

Comme ce vétérinaire, arrivé dans mon Roberval natal frappé par une pénurie de spécialistes. Recruté à l’étranger, le Maghrébin a accepté de déménager au Lac-Saint-Jean pour desservir les propriétaires d’animaux. C’était fête au village! 

On est comme ça un peu, je crois. On aime les accueillir en grand. On leur donne de l’attention. On veut connaître leur culture. 

Ma mère, une Britannique, a aussi été accueillie à bras ouverts par les gens de Roberval dans les années 70. Elle se rappelle que la communauté avait organisé des activités pour l’intégrer. Elle était l’une des seules Anglaises de la ville...pour ne pas dire la seule.

Les gens posaient une foule de questions sur sa culture, notamment sur la famille royale. Bon, il y a des jeunes qui lui ont demandé si elle était venue en voiture. On ne peut pas être tous ferrés en géographie, hein! Et dans les années 70, les ados ne devenaient pas plus brillants en un clic.

« Même si c’était le début du Parti québécois et René Lévesque était le héros du jour, je n’ai ressenti aucune hostilité », m’a confié ma mère, encore surprise qu’on n’en soit pas revenu de l’invasion de Wolfe.

Peut-être que cet accueil, c’est dans le sang des Robervalois. Moi aussi, j’aime ça poser des questions aux immigrants et aux touristes. Je veux connaître leur culture, leur histoire, même leur système politique m’intrigue. 

« Laura, tu sais que l’exotisme, c’est une forme de racisme», me lance l’ancienne journaliste, en plein visage. Du jour au lendemain, j’étais devenue raciste. Elle me reprochait mon intérêt envers la différence. Il faut se montrer indifférent, maintenant ?

Ce n’est pas juste une lubie. Elle a raison. L’exotisme, en fait, lorsqu’on remarque les différences de l’autre, c’est une forme de racisme.

Ça vous rappelle l’histoire de l’Algérien qui a défrayé les manchettes, la semaine dernière. Il a porté plainte après s’être fait demander l’origine de son nom dans une entrevue d’embauche. Le Tribunal des droits de la personne a ordonné l’entreprise à lui verser 5000 $. Il faut choisir ses moments pour être curieux. 

Si je devais payer cette somme chaque fois que j’ai posé la même question, je serais fauchée. Heureusement, je ne dirige pas d’entrevue. Mais pour moi, il s’agit d’une marque de respect, une preuve d’ouverture, de curiosité. Non pas un geste de supériorité raciale. Je vous rassure. Je ne pense pas que les Blancs, francophones sont plus beaux, intelligents et ingénieux que les autres. Loin de là!

Moi, j’aime ça quand les gens me demandent l’origine de mon nom, Lovatt. Comme bien des gens, je ne l’ai pas utilisé dans ma vie professionnelle, notamment pour alléger ma signature.

Aujourd’hui, je regrette. J’aimerais ça signer Laura Lovatt Lévesque. Ça donne un petit côté exotique à mon nom typiquement québécois. Moi, la différence, je la recherche. 

Et si vous osez me demander l’origine de mon nom, je ne vous poursuivrai pas. Je vous le promets.