Messieurs Courtoisie

CHRONIQUE / Je n’ai jamais vraiment compris les gens qui manquent de savoir-vivre. Ni ceux qui n’ont aucune gêne à dire ce qu’ils pensent. Je me situe dans l’autre catégorie et on a toujours du mal à comprendre ce qui ne nous ressemble pas.

Il y a quelques jours, j’attendais dans la file du service à l’auto d’un resto. Je me situais entre la borne pour commander et la fenêtre pour payer. Je fouillais dans mon portefeuille pour voir si j’avais assez de sous, évitant ainsi de sortir ma carte pour un café. Mais voilà qu’un homme a commencé à m’invectiver, puisque je n’avais pas avancé des deux pouces qui lui auraient permis de bouger un peu dans la file.

M’accusant de texter au volant, l’individu me criait des insultes, me prenant pour une espèce de conne qui n’est pas capable d’avancer dans une file.

Je m’en veux aujourd’hui, mais je n’ai pas été capable de lui répondre. Je suis comme ça. Je suis plus du genre à réagir à retardement. Je m’imaginais ensuite, sortant de mon véhicule pour invectiver à mon tour cet homme au manque de savoir-vivre. Mais non, je suis restée sans mot, à le fusiller simplement du regard dans mon rétroviseur.

Je déteste ces personnes impatientes qui font payer leur mauvaise humeur aux autres. Je suis pourtant un exemple d’impatience. Mais je peste seule dans ma voiture ou dans ma tête, plutôt qu’insulter les gens sans raison valable.

C’est comme cette fois où mon chum et moi étions allés à une partie des Saguenéens de Chicoutimi. Si vous fréquentez régulièrement le centre Georges-Vézina, vous admettrez que sortir du stationnement, après une partie, est un test de patience en soi. C’est mon chum qui était au volant et, après avoir laissé passer plusieurs automobilistes qui voulaient s’engager dans l’allée centrale, il a décidé que c’était assez, que le prochain attendrait son tour. Eh bien, il n’est pas tombé sur le bon prochain.

Le monsieur en pick-up, qui était en compagnie de ses enfants, n’a pas hésité pour sortir de son véhicule pour envoyer mon chum promener.

Il faut dire que mon copain conduit pratiquement couché et qu’il portait une casquette ce soir-là.

Probablement que le monsieur a cru qu’il s’agissait d’un adolescent. Bon, ce n’est pas non plus une raison valable pour envoyer paître quelqu’un.

Quoi qu’il en soit, mon copain a ouvert sa vitre pour comprendre ce que ce charmant monsieur disait. En ouvrant la vitre, l’homme l’a pris au collet pour lui faire une leçon de courtoisie. Ce pauvre homme a fait le saut lorsque mon copain est sorti de la voiture, le dépassant d’une bonne tête et d’au moins 100 livres. Les enfants de l’homme sommaient leur père de se calmer et de rentrer dans le pick-up.

Cette fois-là, je ne me suis pas gênée. J’ignore pourquoi, mais je suis beaucoup plus maline lorsque c’est pour défendre ceux que j’aime que je le suis pour moi-même. Je suis sortie aussi, pour lui dire qu’à le voir aller, c’était plutôt lui qui avait besoin d’un cours de courtoisie 101. Il a finalement battu en retraite. Probablement intimidé par mon regard assassin. Ou peut-être bien par la carrure de mon chum. Mais je penche plutôt pour la première option.

J’espère que ces deux Messieurs Courtoisie lisent le journal et se reconnaîtront. Et qu’ils auront un peu honte. Parce que manquer de savoir-vivre, ça n’a vraiment rien d’une qualité.

Alors, Messieurs Courtoisie, demandez-en donc un peu au père Noël cette année.