Mauvais destinataire

14 février au matin. Toujours aucun cadeau en vue de mon Valentin. Mes amies publient des photos de leurs fleurs ou des lettres d’amour sur les réseaux sociaux, me volant un petit sourire jaloux. Je me résigne.

Surprise ! Une livraison de cupcakes  arrive à mon bureau aux alentours de midi. Enfin, mon chum a pensé à moi. Fausse alerte. Ça venait d’une dame qui voulait me remercier d’avoir fait un article sur un événement. C’est ce qu’on appelle un pot-de-vin dans notre milieu. Je sais, on est loin des billets pour Céline Dion. 

17 h, toujours rien. Même pas un petit texto.

Je sais, l’amour, ça se célèbre tous les jours. Et on le fête souvent. On se dit qu’on s’aime tout le temps et on sort au restaurant trois fois par semaine. Mais je n’y peux rien. Moi aussi, je veux une petite pointe de la flèche de cupidon le 14 février. « Ben, je t’ai envoyé un petit mot ce matin », se défend le conjoint, en voyant ma mine basse. Je vérifie sur mon cellulaire. Toujours rien. « Je te le dis. J’ai même mis des coeurs et des fleurs dans le texto ». Ça, c’est de l’amour quand ton chum prend le temps de choisir des émoticônes. 

Il cherche les traces de son message pour me prouver ses dires. Oups ! Le petit mot doux a été envoyé à son adjointe. Rassurez-vous, ce n’était pas un message 18 ans et plus.

On dirait que cette semaine, les gens de mon entourage ont fait plusieurs erreurs de pitonnage. Et je n’inclus pas les madames ou messieurs qui écrivent « bonne fête » sur leur mur en pensant écrire à un ami. Véritable fléau sur Facebook. Une de mes amies, sur Tinder, n’arrêtait pas d’envoyer par inadvertance des slingshots de coeurs à de potentiels amoureux. Pour ceux qui ne connaissent pas l’application, c’est comme si vous disiez « je t’aime » au premier rendez-vous. Malaise ! 

Mais des erreurs de « pitonnage », c’est pire au travail. Un journaliste a fait une bourde énorme cette semaine. Un ami lui a envoyé le lien d’un événement via sa messagerie privée de Facebook. C’était pour se moquer de l’événement. Le journaliste a écrit « une perte de temps », pensant que c’était en privé. Mais ce petit commentaire a été publié sur le lien public de cet événement à caractère politique. 

Vous vous dites que ce n’est pas dramatique. Mais venant d’un journaliste, oui. Il doit se montrer objectif. Il a un devoir de neutralité sur les événements qu’ils risquent de couvrir. Heureusement, un de ses enfants a vu ce commentaire et a immédiatement informé son père. En plus, mon collègue, c’est un usager aguerri des réseaux sociaux. Pas un de ces débutants qui publient « merci de m’avoir accepté » sur le mur d’un nouvel ami. 

Ma plus grande bourde du genre remonte à mes balbutiements dans le métier, à ma première année en tant que journaliste. Une femme connue au Québec avec qui j’avais fait une entrevue s’était plainte par courriel du titre de mon article. Je lui ai expliqué gentiment que le titre, à cette époque, était écrit par les pupitreurs. Je n’y pouvais rien. De toute façon, le titre était parfait et il était imprimé. Elle continuait toutefois de m’écrire une foule de courriels. 

Fatiguée de ses missives, j’ai envoyé un courriel à mon patron, l’invitant à communiquer avec la dame pour la calmer. Bref, je ne savais plus comment gérer sa crise. 

Devinez quoi ? Ben oui, j’ai envoyé le courriel à la dame au lieu de mon patron. Et si ma mémoire est bonne, j’avais utilisé les termes « lourde » et « crise ». Ouch ! L’époque de la traditionnelle lettre postée ne m’avait jamais autant manqué. Laura Lévesque