Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Maintenant presque normal

CHRONIQUE / Je me suis surprise à réfléchir, il y a quelques jours, alors que j’étais à l’extérieur de la maison, les cheveux bien coiffés et habillée pour le travail.

Je me suis demandée à quand remontait la dernière fois où tous ces éléments, autrefois très anodins, étaient réunis. Tout ça semblait remonter à une éternité. Pourtant, cette nouvelle vie n’est en place que depuis à peine un mois.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai déjà l’impression de m’y être habituée. J’en conviens : je figure parmi les personnes les moins touchées par les mesures et consignes entourant le nouveau coronavirus. Aucun bouleversement au niveau de mon travail, de la famille et de la santé.

C’est bien simple : lorsque nous sommes à la maison, la vie au temps de la COVID-19 ressemble à notre réelle vie à deux. Travaillant déjà de la maison plusieurs jours par semaine, je n’ai pas tellement été touchée par les mesures de télétravail. L’unique différence réside dans le fait que je ne rencontre plus d’intervenants pour réaliser des entrevues.

J’ai l’habitude d’une vie en solo et en couple. C’est que mon mari travaille dans le Nord. Il quitte pour un blitz de travail de 14 jours avant de revenir à la maison pour autant de journées. Dans son cas, la crise donne l’impression qu’il est à la maison en attente de repartir pour 14 jours.

Rien ne laisse paraître qu’il y a une crise mondiale lorsque nous sommes à la maison. C’est comme si j’y travaillais alors que le mari était au repos, à la maison.

Dès que je mets le pied à l’extérieur, c’est là que je saisis l’ampleur de la crise.

L’expression « passer comme une lettre à la poste » n’a plus tellement de sens. Aller chercher le courrier relève maintenant de la quête. Les nombreux affichages collés à l’entrée du bureau de poste, les indications à l’intérieur et les plastiques transparents qui nous séparent des commis nous rappellent qu’il n’y a plus rien de banal dans cette besogne quotidienne. C’est tout aussi fascinant d’observer les citoyens qui tentent de garder les distances en accédant à leur case postale alors que l’espace fait à peine deux mètres de largeur. C’est digne d’un grand balai.

J’ai la mauvaise habitude, parce que le supermarché est à deux rues de la résidence, de m’y rendre presque chaque fois qu’un ingrédient manque. J’ai mis de côté ce réflexe et j’arrive à me passer des quelques articles. La visite quotidienne au supermarché me rappelle toutefois que ça ne tourne pas rond. Il n’y a que très peu de clients et nous gardons nos distances dans les allées. La caissière nettoie le tapis sur lequel on dépose nos achats avant de laver machinalement le terminal et ses mains.

J’ai aussi la confirmation que ça ne va pas lorsque la caissière de la pharmacie me laisse scanner mes produits dans la mince fente sous le plastique qui nous sépare.

C’est à travers ces actions et gestes du quotidien que j’obtiens un rappel de l’ampleur de cette crise planétaire.

Il faut s’y faire : cette nouvelle vie durera au moins jusqu’au 4 mai. Au terme de tout cela, j’espère que nous en retiendrons le meilleur. Tant qu’à vivre confinés, ayons au moins l’intelligence d’en retirer ce qu’il y a de bien.