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Ma vraie paye

CHRONIQUE / Ça fait maintenant sept ans et demi que je signe, chaque semaine, un petit billet d’humeur dans ces pages. Ça représente un peu moins de 400 chroniques. 390 pour être précise.

Le plus difficile n’est pas de les écrire, mais de trouver un sujet sur lequel je ne me suis pas encore penchée. Voyez-vous, je ne peux malheureusement pas m’attaquer à des sujets chauds, puisque je porte les chapeaux de journaliste et de chroniqueuse en même temps. C’est pour cette raison que mes billets sont, la plupart du temps, plutôt légers. Vous ne trouverez donc pas d’opinion tranchée sur la mairesse de Saguenay ni sur le premier ministre Legault. Je ne vous entretiendrai pas non plus à propos de BlackRock ou des caribous forestiers. Je laisse ça aux autres.

Au cours des années, je me suis livrée à vous, racontant les anecdotes qui pimentent ma vie. Certaines semaines étaient évidemment plus difficiles que d’autres et certaines chroniques moins drôles ou moins bonnes que celle de la semaine précédente.

S’il y a quelque chose qui n’a toutefois pas changé, au fil de ces quelque 400 chroniques, ce sont ces lecteurs qui m’encouragent à poursuivre, bien que l’inspiration demande parfois une petite période de congé. Je parle surtout de ceux et celles qui communiquent avec moi en privé, via ma boîte de courriels. J’avoue que je ne lis pas toujours les commentaires sur les médias sociaux, qui, souvent, me pousseraient plutôt à prendre ma retraite de la chronique.

Mais ces lecteurs qui me suivent depuis mes débuts, ou ceux qui, régulièrement, m’envoient leurs commentaires mettent un baume sur mes week-ends. Il y a ce monsieur de Saint-Fulgence, qui prend la peine de relever mes erreurs de français, mais qui le fait toujours avec respect.

Il y a ce jeune homme, qui m’écrit régulièrement pour me dire que mes chroniques le font rire. Il y a aussi ce médecin de La Baie, qui signe en ajoutant être un fan de mes écrits.

Ça peut paraître anodin, mais, comme vous vous en doutez, je ne me suis malheureusement pas rendue millionnaire avec ces billets, alors, ma vraie paye, c’est lorsque mon texte pousse une personne à prendre quelques minutes de son temps pour m’écrire.

Mais ma paye ultime, c’est lorsqu’on m’arrête à l’épicerie. Lorsque j’étais petite, c’est ma mère qu’on arrêtait à l’épicerie, pour lui parler de ses chroniques.

La petite fille que j’étais ressentait une grande fierté lorsque ma maman se faisait aborder ainsi. « Wow, ma mère est une vraie vedette », que je me disais.

Alors vous comprendrez que lorsque j’ai été abordée pour la première fois dans une allée d’épicerie (j’ignore pourquoi, mais c’est l’endroit favori de ceux et celles qui veulent nous parler de notre travail), j’ai eu le sentiment du devoir accompli. La consécration, me suis-je dit.

Non, cette chronique n’est pas un billet d’adieux, même s’il en a l’air. C’est plutôt un encouragement à continuer à m’aborder dans le rayon des surgelés.