Ma malédiction prend fin

CHRONIQUE / Je pense que c’est moi qui ai porté malheur à Richard Martel, qui a bien failli être emporté par la vague bloquiste qui a déferlé sur la province et sur le Saguenay–Lac-Saint-Jean, lundi soir. Voyez-vous, en 11 ans de couverture journalistique le soir d’une élection, qu’elle soit municipale, provinciale ou fédérale, ma candidate ou mon candidat assigné a toujours perdu.

Peut-être que je porte la poisse, qui sait.

Quoi qu’il en soit, j’avais été envoyée, lundi soir, au rassemblement du député sortant de Chicoutimi–Le Fjord. Entre vous et moi, je ne m’attendais pas vraiment à finir aussi tard. Et je m’attendais à, enfin, pouvoir écrire un texte sur un vainqueur. Parce qu’on va se le dire, couvrir une soirée électorale d’un candidat perdant, ce n’est pas aussi excitant. C’est même un peu déprimant.

Je me souviens de ma dernière élection provinciale, alors que je couvrais le député sortant dans Dubuc, Serge Simard. Étant une femme assez empathique, j’avais ressenti un peu de tristesse pour lui, qui avait été remercié par les électeurs. Je n’ai jamais trouvé ça drôle de voir quelqu’un perdre. Et même les politiciens peuvent nous soutirer quelques larmes. Bon, je vous rassure, je n’avais pas pleuré. Mais je me disais qu’encaisser la défaite ne doit pas être facile pour l’orgueil.

Cette année, donc, je m’étais déplacé à L’Usine de la Voie maltée de Chicoutimi, où avait lieu la soirée électorale de Richard Martel, qui, malgré la vague bleue qui se préparait, était encore pressenti comme le vainqueur.

Mais la soirée a plutôt mal commencé pour lui, qui a tiré de l’arrière durant deux bonnes heures, avant que les boîtes de scrutin ne commencent à sortir en bonne quantité son nom. « C’est de ta faute ! », me lançaient à la blague mes collègues journalistes des autres médias, prévenus que toutes mes couvertures s’étaient conclues par une défaite.

Le temps était long, et l’observatrice que je suis aimait particulièrement regarder ce qui se passait autour d’elle. Parce que non, l’ambiance n’était pas à la fête et la vingtaine de ses partisans avaient plutôt la mine basse. Pire encore, on ne pouvait pas passer le temps à siroter une bière, on était quand même sur la job.

Je regardais surtout Richard Martel aller, faisant les 100 pas dans le corridor, les yeux rougis par la fatigue et le stress, à ne pas regarder la télévision de peur de se voir encore deuxième, et je me disais que la politique est un sport dangereux pour le rythme cardiaque.

Même sa victoire n’a pas été étincelante, puisqu’après une telle soirée, vers minuit et demi, le député réélu n’avait plus tellement d’énergie pour célébrer. Et par quelque 614 voix, ce n’était pas non plus la plus grandiose des victoires.

La politique m’a toujours attirée. Mais il faut quand même avoir le système nerveux solide pour vivre de telles soirées. Je ne crois pas que j’en serais capable à mon âge. Mais un jour, peut-être.