Loin des yeux, pas loin du coeur

CHRONIQUE / À l’image d’une version contemporaine d’Émilie Bordeleau, je suis régulièrement seule à la maison alors que mon mari se retrouve, pour le travail, à 350 kilomètres au nord de Chibougamau.

Heureusement, les conditions de vie dans ma banlieue almatoise n’ont strictement rien à voir avec celles vécues par la fille de Caleb Bordeleau. Et ajoutons que je ne doute jamais de mon homme lorsqu’il est loin de la maison.

Comme bien des conjointes, je partage mon homme avec le Nord. Dans son cas, il s’agit d’un horaire de travail de 14 jours là-bas et autant de jours ici, à la maison.

Il y a toujours deux types de réactions. D’un côté, des gens soulignent que mon homme est en congé la moitié de l’année alors que d’autres pensent que je me morfonds pendant 14 jours.

Il y a un fond de vérité dans tout ça, mais il y a plus.

Son retour à la maison coïncide avec la fin de 14 longues journées de 12 heures de travail. Nul besoin de faire un dessin : il a probablement plus envie de retrouver le confort de son lit ou du divan que ma personne. J’exagère à peine.

De mon côté, l’ennui s’invite quelques fois pendant qu’il se retrouve à plus de 700 kilomètres de la maison.

Lorsqu’il y a des événements entre amis et que je me retrouve en solo, entre autres. C’est vrai qu’il est loin, encore plus lorsque la maison semble tomber en ruine.

Disons que le chauffe-eau n’a pas choisi le bon moment pour s’enflammer et cesser de fonctionner, il y a quelques semaines. Heureusement, la famille et les amis ne sont jamais bien loin.

Les deux semaines passées à la maison comprennent quelques jours de repos, l’opération valise qui implique bien de la lessive et le transport en avion et en automobile.

Comme dans bien des cas, c’est bien beau sur papier.

La vraie vie, elle, diffère légèrement.

Malgré cela, j’adopte pleinement ce mode de vie.

Il y a pire, j’en conviens. Probablement que mon habitude face à de tels horaires rend le quotidien moins difficile.

J’ai passé mon enfance et mon adolescence à voir mon père travailler en forêt. Son métier de conducteur de camion lourd obligeait des horaires assez atypiques. Papa partait pendant de longues heures, revenait le temps de dormir quelques heures et repartait à toute heure du jour ou de la nuit.

Les semaines débutaient le dimanche et se terminaient le vendredi, parfois même, le samedi.

Avouons que les moments passés à la maison par mon père se faisaient rares.

Par le passé, mon mari a également oeuvré en usine. L’horaire atypique était, une fois de plus, légion. Le fameux horaire de rotation 3-2-2-3. Ajoutons à cela une alternance entre les quarts de travail de jour et de nuit, autant la semaine que la fin de semaine.

Pour être honnête, j’ai eu beaucoup de difficultés à m’acclimater au travail en rotation de mon mari.

Certes, l’horaire était défini ad vitam aeternam.

Toutefois, j’avais toujours l’impression qu’il était soit au travail soit en train de lutter contre la fatigue causée par des horaires qui n’ont rien de naturel.

Et je ne suis pas qu’une femme qui se plaint, je vous rassure.

La science s’est intéressée aux effets du travail en rotation, qui est la réalité du quart de la population active nord-américaine. Perturbation du rythme circadien, troubles gastro-intestinaux et maladies du système cardio-vasculaire ne sont que quelques-unes des conséquences du travail en rotation.

Devant cela, je dois avouer que j’aime encore plus le « 14-14 ».

Avis aux amies, le mari a pris l’avion au cours des derniers jours. Je pourrais bien accepter quelques invitations afin de chasser l’ennui. Pourquoi pas ?