Livraison spéciale

Je ne veux pas me vanter, mais j’ai reçu des roses au bureau pour la Saint-Valentin.

Je me suis toujours dit que je serais gênée qu’on me livre un bouquet de fleurs à mon travail. Peut-être que je disais ça parce que ça ne m’était jamais arrivé. Et peut-être qu’au fond de moi, j’enviais un peu celles qui décoraient leur bureau d’une douzaine de roses en cette journée de l’amour. Alors mercredi, lorsque le gentil livreur a pénétré dans la salle de rédaction en demandant elle était où, Patricia Rainville, un large sourire s’est dessiné sur mon visage. Ça m’a fait rire, car le livreur savait que j’avais fait la connaissance de mon Valentin sur Internet, ce que j’avais raconté dans cette même page la semaine dernière. «C’est de la part de M. Badoo!», que m’a lancé le fleuriste, bien heureux de faire une autre heureuse de la Saint-Valentin. 

J’ai donc reçu onze belles roses rouges. Mes préférées. Il y en avait douze en arrivant, mais l’une d’entre elles s’est brisée lorsqu’on a enlevé le papier qui les protégeait. De toute façon, j’aurais été tout aussi contente de recevoir un oeillet. Mais il faut bien admettre qu’un beau gros bouquet, ça met du soleil dans une journée. Et ça attire aussi l’attention des collègues. 

Quelques collègues féminines ont jeté un coup d’oeil à mon bouquet avec envie. «Chanceuse! Moi, mon chum ne m’a rien donné!», a dit l’une d’entre elles. 

Mais, le plus comique, c’était la réaction de mes collègues masculins. 

«Ouais, c’est louche, il a sûrement quelque chose à se faire pardonner», m’a lancé mon chef de nouvelles. Dix minutes plus tard, ce même collègue se demandait s’il ne ferait pas livrer des fleurs à sa femme, qui travaillait ce jour-là. Je l’ai encouragé à le faire. Parce qu’une telle attention ne déplaît pas à beaucoup d’entre nous. Malheureusement pour elle, il n’a finalement pas suivi mon conseil. Mais il lui a tout de même préparé à souper. C’est mieux que rien, comme on dit.

En faisant un petit tour de mes autres collègues, j’ai constaté que plusieurs d’entre eux étaient assez romantiques. Un collègue photographe a fait livrer un panier de sucreries et de fleurs à sa douce au bureau. Un autre a préparé un petit-déjeuner fruité à sa copine lorsqu’elle s’est réveillée. Mon collègue du palais de justice y est allé d’un brin d’exotisme en offrant à sa femme deux oiseaux du paradis. Il a voulu faire changement de la traditionnelle rose rouge et s’est souvenu que son épouse avait un faible pour cette fleur mauve et orange. Même après 37 Saint-Valentin, il a réussi à la surprendre et je lui lève mon chapeau. 

Mais mon préféré, c’est un jeune collègue qui a pris soin d’écrire une lettre d’amour à sa blonde. Ça ne coûte pas cher, mais nul doute que sa lettre a eu l’effet escompté. 

Je les trouve cutes, moi, ces hommes qui se creusent un peu les méninges pour faire plaisir à leur amoureuse. 

Et en allant faire une commission à l’épicerie en fin de journée, lorsque j’ai vu plusieurs messieurs se procurer un bouquet de fleurs pour leur Valentine, j’ai souri. Une livre de steak haché dans la main droite et une pinte de lait dans l’autre, les hommes prenaient soin de choisir un petit présent pour leur douce, avant de passer à la caisse. Des vieux, des jeunes, ils étaient des dizaines à choisir le plus beau des bouquets. Certains en achetaient même deux, mais ne me demandez pas pour quelle raison. 

Et pour ceux qui se disent que ce n’est pas seulement la mission de l’homme de souligner la Saint-Valentin, je leur répondrai que moi aussi, je suis arrivée à la maison avec une petite surprise. Patricia Rainville