L’introvertie

CHRONIQUE / J’ai eu une révélation cette semaine. À 32 ans, je me suis rendu compte que j’étais une personne introvertie. J’ai donc vécu dans le mensonge durant toute ces années. Je croyais pourtant être une personne plutôt extravertie, capable de m’exprimer en public, toujours partante pour une soirée mondaine et ayant un cercle d’amis assez complet.

C’est que j’ignorais la définition exacte de ce que veut dire une personne introvertie. C’est d’ailleurs en tombant sur un article sur le sujet que tout s’est éclairci. Une personne introvertie, bien qu’elle soit absolument apte à vivre en société et aime se retrouver entre amis ou en famille, a besoin de solitude pour recharger ses batteries. La personne extravertie, elle, se nourrit plutôt de l’énergie des autres.

La personne introvertie, comme moi, est aussi quelque peu déstabilisée lorsque de la visite se pointe sans avertir. Elle peut aussi se cacher dans une allée d’épicerie plutôt que d’aller à la rencontre d’une connaissance, aperçue plus loin dans le rayon fruits et légumes. Ça, c’est moi tout craché. La pomme de salade va attendre, pourvu qu’on ne me voie pas. Bon, si j’aperçois mon père, une amie proche ou même mon boss, je vais aller les voir, évidemment, mais si je vois un oncle lointain ou une amie du secondaire, vous pouvez être sûrs que je vais tenter par tous les moyens de ne pas être vue. Pourquoi? Je retiens ça du paternel, à ce qu’il parait.

Le pire, en sachant maintenant que j’ai un petit problème d’introversion (ça se dit-tu, ça?), c’est que je partage ma vie avec un être complètement opposé. Un vrai de vrai extraverti. Un pur et dur. Mon prince peut faire des détours en voiture s’il aperçoit une vague connaissance du primaire de l’autre côté du boulevard. Il peut passer de longues minutes à discuter dans une allée de l’épicerie avec un ancien collègue. Et là, je ne vous parle même pas d’une rencontre par hasard un membre de sa famille. Des plans pour manquer notre vol si on se trouve à l’aéroport.

Contrairement à moi, il n’a pas besoin de solitude pour se retrouver, faire le vide ou se détendre. Il peut le faire dans un dortoir rempli de gars. Je ne l’ai jamais entendu me dire qu’il avait besoin d’être seul cinq minutes, alors que je lui sors cette phrase régulièrement.

Je dois avouer que je l’envie un peu. Il est chanceux, il n’a pas besoin de se cacher dans le poulailler lorsqu’il voit le voisin se diriger vers lui.

Le plus ironique dans tout ça, c’est que je pratique un métier qui me pousse à aller vers les gens, à poser les questions les plus indiscrètes à des personnes que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam. Et, le pire, c’est que je n’ai absolument aucune difficulté à le faire. Je peux frapper à des portes pour avoir des informations, je peux faire huit appels pour avoir une explication et je peux m’adresser à la reine d’Angleterre sans ressentir une once de gêne.

Mais si, dans ma vie personnelle, je vois arriver la fille que je suis dans ma vie professionnelle, je vais probablement me cacher derrière les rideaux pour ne pas lui parler. Je suis comme ça. J’ai une double personnalité. Patricia Rainville