L’important, c’est de participer

CHRONIQUE / Viens-tu à la balle-molle cette semaine?

-Oui, mais je vais juste vous regarder.

-Pourquoi tu ne joues pas?

-Parce que je ne suis pas bonne.

-C’est pas grave, on est là pour s’amuser.

-Ouais, peut-être, mais je ne m’amuse pas tellement.

Nous avons une ligue de balle des médias à Saguenay. Les journalistes, caméramans, animateurs et tous les artisans des médias peuvent disputer une partie de balle certains soirs d’été, dans la bonne humeur. J’ai bien essayé de m’y impliquer, mais ça n’a jamais été un grand succès.

Que voulez-vous, je ne suis pas une friande des sports d’équipe. Je n’aime pas ça quand je ne suis pas bonne et j’aime encore moins ça quand je le suis et que les autres ne le sont pas. Mauvaise perdante, me direz-vous. Un peu. C’est sans doute pour cette raison que j’ai toujours préféré les sports individuels. La course à pied et la randonnée sont sans contredit mes activités sportives préférées et je les pratique seule la plupart du temps.

Me retrouver avec moi-même, dans le silence, est toujours un bonheur pour moi. Je suis une louve solitaire et je m’assume totalement. Enfant, je n’aimais déjà pas les sports d’équipe et ça ne s’est pas amélioré à l’adolescence. Pourtant, je n’ai jamais fait partie de ces enfants qui étaient choisis en dernier pour former une équipe. Un sentiment traumatisant que bien des petits ont vécu. Si j’étais choisi dans les premières, ce n’est certainement pas en raison de mes talents incroyables en sports, mais simplement parce que j’avais une tête de plus que mes compagnons de classe. Même les garçons m’arrivaient aux épaules.

On me recrutait donc parmi les premières dans l’équipe de basketball. Elle est grande, elle doit être bonne, disaient les capitaines. J’ai dû en décevoir quelques-uns, puisque je n’ai jamais compris comment dribler adéquatement et le panier m’échappait la plupart du temps. Même chose au baseball, au volleyball, au hockey, au ballon chasseur ou au badminton. Chaque fois, on misait beaucoup sur ma grandeur. J’aurais plutôt préféré qu’on me laisse tranquille à niaiser dans le champ du terrain de baseball plutôt qu’on me mette de la pression à courir plus vite que les autres grâce à mes grandes pattes...

Et pourtant, si on s’y était un peu attardé, on aurait vite compris que j’excellais beaucoup plus à la corde à danser, aux «pogs» ou à vérité et conséquences. Mais bon, il parait que l’important, c’est de participer.