Al Pacino a campé le rôle d’un aveugle dans Parfum de femme.

L’imitation est le plus beau des compliments

CHRONIQUE / « C’est mauvais. La fille n’a pas du tout l’accent du Saguenay. »

C’est un ami qui m’a dit ça, lorsque je lui ai demandé ce qu’il pensait de la nouvelle série Les Invisibles, diffusée à la télé depuis trois semaines.

L’un des personnages, une jeune fille, arrive tout droit de Chicoutimi, où elle travaillait pour La Fabuleuse, la « grosse affaire » au Saguenay. La jeune fille lâche un « à cause » et, immédiatement, se transforme en Saguenéenne. Dis comme ça, oui, c’est du gros cliché.

Je n’avais toutefois pas remarqué son absence de « bon accent », comme l’a soulevé mon ami. C’est de l’appropriation culturelle, qu’il a ajouté, à la blague.

L’appropriation culturelle. Le sujet de l’année 2018. Je n’étais pas certaine de vouloir me lancer dans ce sujet ô combien délicat. Mais, un moment donné, j’ai l’impression qu’on est en train de virer fou.

Virer fou, a-t-on encore le droit de dire ça, en 2019 ? Il paraît qu’un non-handicapé n’aura plus le droit de jouer un handicapé au cinéma. Les humoristes n’ont même plus le droit de se coiffer comme ils le veulent, au risque d’être expulsé d’un spectacle. On n’a plus le droit de se déguiser en grand chef autochtone, en danseuse de baladi ou en geisha japonaise à l’Halloween.

Si on n’est pas en train de virer fou, je me demande bien ce que c’est.

L’appropriation culturelle, et maintenant corporelle, est partout autour de nous. Et elle l’est depuis toujours.

À croire ceux qui montent aux barricades parce qu’un humoriste blanc porte des dreadlocks à la manière de Bob Marley, on ne pourrait plus faire grand-chose. Russell Crowe n’aurait pas pu jouer Jonh Nash parce qu’il n’est pas schizophrène dans la vraie vie. Tom Hanks n’aurait pas pu camper Forest Gump parce qu’il n’est pas déficient pour vrai. Al Pacino a même déjà joué un aveugle.

Attention, scandale à l’horizon.

Je comprends tout à fait qu’un Blanc ne peut pas jouer un Noir ou un Autochtone. Ce n’est qu’une question de gros bon sens. L’époque du blackface est révolue, et c’est absolument parfait comme ça. Il y a des acteurs de toutes les couleurs sur cette planète, et une nationalité, ça ne s’imite pas. Mais si on ne peut plus s’inspirer des autres cultures pour se coiffer ou se vêtir, le monde ne va-t-il pas devenir fade et terne ?

J’aime porter un poncho avec des franges, est-ce que je fais de l’appropriation culturelle à l’endroit des Mexicains ? Sûrement.

Appropriation saguenéenne

Pour revenir à l’appropriation saguenéenne dont je vous parlais en début de chronique, je me suis demandé après coup si ça me dérangeait lorsqu’on imitait la culture saguenéenne. Pas vraiment, sauf, évidemment, si c’est fait de façon caricaturale. N’est-il pas là, le vrai problème ?

J’ai toujours pensé que l’imitation est le plus beau des compliments. Encore faut-il que l’imitation se colle à la réalité. Tout est une question de jugement et de savoir-faire.

Un Al Pacino qui campe un aveugle, ce n’est pas de l’appropriation corporelle. C’est un jeu d’acteur. Et un humoriste qui se coiffe de dreadlocks, ce n’est pas de l’appropriation culturelle. C’est un look vestimentaire. Patricia Rainville