L’image du cannabis

CHRONIQUE / Mercredi dernier, j’ai été rivée à mon téléviseur toute la soirée. J’ai écouté toutes les émissions spéciales sur la légalisation du cannabis.

Ce n’est pas tout le monde qui s’en est rendu compte, mais on a quand même vécu une journée historique. Une journée qui ne se reproduira plus jamais. Et j’en ai été fascinée. Fascinée de voir à quel point cette légalisation divise. Fascinée de voir les files interminables devant les boutiques de cannabis, d’un océan à l’autre. Fascinée de voir que le Canada faisait les manchettes aux quatre coins du monde. Admettez que c’est quelque chose. Que vous soyez pour ou contre, la légalisation du pot, ça n’arrive pas tous les jours.

Personnellement, j’ai hâte de voir comment cette légalisation se traduira au sein de la société québécoise. Parce que pour le moment, admettons que le cannabis n’est pas encore vu positivement par la majeure partie des Québécois. « J’ai commandé du cannabis sur Internet », a admis un collègue, plus tôt cette semaine.

« Tu vas le fumer ? », a répondu un autre plus âgé. Drôle de question, tout de même. Mais il faut croire que ce n’est pas parce que c’est légal que c’est nécessairement bien vu ou accepté socialement.

Je doute que le cannabis devienne aussi banal que l’alcool peut l’être aujourd’hui. Un jour, peut-être, mais certainement pas avant un bon bout de temps.

Je ne crois pas qu’un collègue rentrera le lundi matin en admettant avoir beaucoup trop fumé au cours du week-end comme il le ferait s’il avait pris une bonne cuite.

Je me demande bien si nous verrons des joints apparaître sur Facebook, comme on voit des photos de verre de vin à la tonne.

« Un bon verre bien mérité après une grosse semaine de travail » sera-t-il remplacé par « Un joint qui fera du bien après cette dure journée » ? J’en doute fort. Et, pourtant, on pourrait bien le faire, puisque le pot n’est plus une substance illicite.

Verra-t-on des personnages de téléromans se partager un joint, comme on les voit devant un verre d’alcool ? Actuellement, les personnages qui fument du pot sont souvent sur le bord de l’overdose ou de la prison. Les petits bums de nos émissions fument du pot. Mais les personnages raffinés boivent du scotch.

Le cannabis récréatif a énormément de travail à faire pour changer son image. Ceux qui sont contre la légalisation ne comprennent pas qu’une personne puisse arriver à fumer un joint une fois de temps en temps, comme presque tout le monde le fait avec l’alcool. Les « contres » estiment qu’un « poteux » est stone 24 h sur 24 h et que la psychose le guette à tout moment.

J’ai grandi à une époque où le cannabis n’était pas vu comme le diable. La majorité de mes amis de ma génération ont, un jour ou l’autre, tiré une puff. Certains le font plus régulièrement ; d’autres n’y ont touché qu’à de rares occasions.

D’ailleurs, si vous regardez les files d’attente devant les succursales de la Société québécoise du cannabis, la moyenne d’âge doit tourner autour de 25-35 ans.

Les générations plus âgées ont peut-être un peu plus de difficultés avec la légalisation. Mes parents, par exemple, m’ont souvent dit qu’ils n’avaient fumé qu’à une seule occasion dans toute leur vie. Je ne pense pas qu’ils m’aient menti.

Reste à voir, maintenant, si les différentes générations sauront s’adapter à cette nouvelle réalité. J’ai bien hâte de voir si quelqu’un sortira un joint au party de Noël ou au party de bureau. Et j’ai surtout hâte de voir la réaction des gens devant une personne qui fume un peu de pot pour célébrer. Parce qu’on ne dit pas grand-chose devant quelqu’un qui cale six ou sept bières pendant un party. Patricia Rainville