Aujourd’hui, les adolescents ont la possibilité, si leurs parents ont un peu d’argent et leur permettent de vendre des tonnes de chocolats, de traverser l’océan Atlantique pour un séjour dans les vieux pays. Certains s’envolent aussi pour la Californie.

Les sorties scolaires d'aujourd'hui: c’est pas toujours juste

CHRONIQUE / Lorsque j'étais au secondaire, j’avais une sortie scolaire qui m’enchantait chaque année. En février, nous allions toujours assister aux projections du festival Regard sur le court métrage, tout un après-midi. On prenait l’autobus et on se dirigeait à l’Auditorium Dufour pour regarder des films. C’était gratuit et on n’avait pas à quêter nos parents pour pouvoir y participer. Cette simple sortie m’a permis de développer une petite passion pour le 7e art et je me fais encore un devoir d’assister à quelques projections, 15 ans plus tard.

En juin, nous avions aussi, «dans mon temps», des sorties pour célébrer la fin de l’année scolaire. Rien d’extravagant, mais nous avions une liste de sorties possibles, pour tous les budgets des parents et pour tous les goûts des adolescents.

Un jour, j’avais réussi à convaincre ma mère de m’inscrire à la sortie la plus tripante et la plus coûteuse. Nous avions pris la route pour Valcartier, afin de passer la journée au parc aquatique. Je ne me souviens plus combien ça coûtait exactement, mais cette sortie figurait en tête de liste des prix. Ma mère avait dû débourser 60$ ou 80$, peut-être. J’étais véritablement enchantée. Mais ce n’est pas chaque année que je m’inscrivais à la sortie la plus hot et la plus chère. Des après-midi de quilles à 8$, j’en ai fait. Des sorties au billard et au cinéma aussi. Parce que ça ressemblait plutôt à ça, «dans mon temps», les sorties scolaires.

Évidemment, il y en avait certains qui prenaient la route pour Toronto ou s’envolaient pour New York. Je n’ai jamais participé à un tel voyage. Ces élèves devaient ramasser leurs sous en vendant du pain ou du chocolat et ma mère a toujours refusé que je me soumette à un tel manège.

Je ne me souviens pas avoir vraiment envié mes collègues de classe qui quêtaient de l’argent pendant six mois pour aller passer trois jours à New York. Je n’ai jamais été une envieuse, heureusement pour moi. Surtout que l’année où j’avais demandé à ma mère si je pouvais y aller, le projet a été annulé dès le début de l’année scolaire en raison des attentats du 11 septembre. Et imaginez-vous que, deux ans plus tard, le voyage prévu à Toronto a aussi été annulé, cette fois à cause de la crise du SRAS (syndrome respiratoire sévère).

Si ma mémoire est bonne, les élèves étaient plutôt allés à Montréal.

Quoi qu’il en soit, Toronto et New York étaient les deux destinations les plus exotiques accessibles aux jeunes de mon école secondaire.

Aujourd’hui, les adolescents ont la possibilité, si leurs parents ont un peu d’argent et leur permettent de vendre des tonnes de chocolats, de traverser l’océan Atlantique pour un séjour dans les vieux pays. Certains s’envolent aussi pour la Californie.

On ne peut tout de même pas être contre le fait que les jeunes aient la possibilité, mais surtout la chance, de s’ouvrir sur le monde. Mais ce n’est pas vrai que ce sont tous les parents qui ont les moyens de dire oui à une telle demande. Parce que du chocolat, il faut en vendre plus qu’une ou deux boîtes pour participer à un tel voyage. Et ce sont les parents qui paient souvent la balance. Mais, surtout, ce ne sont pas tous les parents qui peuvent se le permettre. C’est là que la chance joue son rôle. La fameuse chance.

Et oui, évidemment que certains jeunes qui aimeraient participer à de tels voyages et qui n’en ont pas les moyens regardent partir leurs amis avec envie.

C’est pas juste, diront-ils. Et ils auront bien raison.