Bonjour, Baie-James!

Les princes du Nord

CHRONIQUE / Je suis partie à l’aventure au-delà du 50e parallèle, il y a quelques semaines. Ceux qui ont l’habitude de me suivre le savent déjà : mon beau prince est un travailleur du Nord. Il y était depuis plusieurs jours lorsque j’ai décidé de lui rendre visite, le temps d’un week-end. Que voulez-vous, je m’ennuyais trop.

Ce n’était pas la première fois que je me rendais dans la belle et immense région du Nord-du-Québec pour y visiter mon travailleur de chum. Mais c’était la première fois que j’y allais en voiture, puisque la dernière fois, c’était beaucoup trop loin pour que je m’y aventure seule. Mon anxiété n’aurait pas apprécié les 14 heures de route, dont deux sur une route de gravier. J’aurais sans doute succombé à une crise de panique dans un fossé de la route de la Baie-James.

Heureusement pour moi, ces temps-ci, le prince passe plutôt ses semaines dans une petite communauté crie située à une centaine de kilomètres au nord de Chibougamau, alors ça se fait bien. « Bien » est un généreux qualificatif, puisque c’est tout de même plus de cinq heures de route, dont quatre dans le bois, sans réseau cellulaire et avec bien des épinettes. Le Nord-du-Québec, c’est toujours aussi impressionnant par ses étendues de forêt, ses puissantes rivières et ses petites communautés isolées par des kilomètres et des kilomètres de distance les unes des autres. Si vous n’avez jamais eu la chance de parcourir et de rencontrer ces gens qui peuplent le nord, allez-y, payez-vous un dépaysement. Moi, je suis chanceuse, j’ai la meilleure raison pour y aller.

Je ne veux pas me vanter, mais mon chum a fait quelques jaloux ce week-end-là. « Ta blonde est venue te voir ? Tu es pas mal chanceux », que certains lui ont dit, le lendemain de ma visite.

« Ouin, c’est pas la mienne qui viendrait me voir ! », m’a dit un autre travailleur du Nord.

Je vais vous dire que j’ai trouvé que mon chum et ses collègues faisaient un peu pitié lorsque j’ai visité leur lieu de résidence. Ça m’a même fait penser aux petits bâtiments d’Unité 9, avec les minuscules chambres, la cuisine et les douches communes. Je les félicite d’ailleurs de ne pas trop déprimer, les soirs d’automne, dans leur petit baraquement. Mais bon, j’imagine qu’ils sont faits fort, les princes du Nord. Ici, si j’utilise le masculin, c’est strictement parce que les hommes sont grandement majoritaires dans l’univers de la construction éloignée. Il y en a, des filles, mais elles sont assez rares merci. Je n’ai pas eu la chance d’en rencontrer dans mes deux périples sur la Baie-James.

Lors de mes visites, je me suis dit que je ne haïrais pas ça, m’exiler quelques années dans le Nord. Je ne ferais pas ça toute ma vie, comme certains gars le font, mais il me semble que les grandes étendues et l’éloignement doivent être reposants pour la tête, par certains moments. Et ça permettrait à la princesse de voir son prince plus souvent. Mais je n’ai malheureusement aucun talent en construction. Meilleures chances dans une prochaine vie. patricia rainville