Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Les nuages ne sont pas tous dans le ciel

CHRONIQUE / Les nuages gris sont partout, le tonnerre gronde sans relâche et la foudre frappe à peu près chaque jour. L’air est lourd, non pas en raison de l’humidité, mais de l’air du temps.

J’entends déjà dire que c’est en raison de l’actualité. Les médias sont si négatifs, après tout. Tout comme la COVID-19, les médias ont le dos large par les temps qui courent.

Nous traversons, depuis des mois, cette pandémie sans trop savoir s’il y aura bel et bien une fin. Il n’a pas si longtemps, le gouvernement mettait le Québec sur pause, les enfants célébraient le congé d’école et les parents se lançaient dans la boulangerie artisanale. À ce moment, la pandémie avait des airs de vacances. Cinq mois plus tard, nous nous retrouvons dans un tout autre état d’esprit.

Cette satanée pandémie occupe l’actualité, bouleverse nos vies, dont nos projets de vacances, et teinte notre humeur. Mais ça n’excuse pas tout.

La semaine dernière, je vous confiais être en plein ménage de ma vie virtuelle. J’ai fait le choix de m’en tenir aux réelles relations que j’entretiens et de mettre de côté tout le reste.

Mais ça ne semble pas suffisant. Les commentaires négatifs, la haine viscérale et la pseudo-information sans fondement font maintenant partie de notre quotidien. C’est partout, et pas seulement dans mon cercle virtuel. C’est à croire que nous sommes envahis par ces nuages gris.

Les politiciens, Justin Trudeau à lui seul, la pandémie, les masques, les anti-masques, les dénonciations et la météo. C’est bien simple : tout y passe. Les derniers jours auront été, encore une fois, le théâtre de bien des dérapages.

La journaliste de TVA enlacée, bien malgré elle, alors qu’elle couvre une manifestation. Voilà une belle occasion pour les nuages gris de se faire aller le clavier.

J’ai à peu près tout lu. La faute à ladite journaliste, à son employeur. Et il y a eu le pire – je dirais même « le boutte du boutte » –, alors que certains internautes partageaient l’information voulant que la journaliste ait été enlacée par son conjoint et son beau-frère. Même si tout cela a été déboulonné, ce n’est pas suffisant pour calmer les passions.

Chaque dénonciation est propice à une trâlée de commentaires. La personne accusée, la personne qui dénonce, le média qui en parle. Rien n’y échappe. L’humoriste Rosalie Vaillancourt a affirmé avoir cru une femme impliquée dans l’affaire de l’humoriste Julien Lacroix. Les internautes ont attaqué son humour, sa voix et son intégrité.

À mon tour d’être à bout, à bout des gens à bout. Pourquoi cette obligation de devoir absolument réagir négativement à tout ? Je ne comprends pas le besoin de devoir verbaliser et d’écrire tout cela.

Est-ce qu’on se sent mieux après avoir déballé notre sac d’insultes sur une plateforme virtuelle... qui n’est pas la vraie vie, je vous rappelle ?

Je voudrais bien prendre une pause de tout cela en me sauvant en Gaspésie, mais elle aussi est envahie...