Les méchants journalistes

CHRONIQUE / « Les médias ont déformé le message. » Cette phrase est sortie de la bouche d’une responsable des communications d’une organisation parapublique de Saguenay, il y a quelque temps. Elle s’adressait à moi, alors vous comprendrez que je l’ai prise un peu de travers. Surtout que dans ce cas précis, les médias n’avaient absolument rien déformé, puisque le communiqué n’était initialement pas clair. Mais bon, c’est toujours facile d’attaquer les journalistes.

Je n’écrirais rien là-dessus si ce genre de propos tenus à l’endroit des médias n’étaient pas devenus monnaie courante. D’ailleurs, le lendemain, j’assistais à une réunion tenue par une municipalité du Saguenay, qui faisait face à une petite tempête en raison d’une nouvelle réglementation sur les animaux. Encore là, on a dit que les journalistes avaient fait tout un plat avec pas grand-chose. Typique lorsqu’on perd le contrôle d’une situation.

Encore la semaine dernière, plusieurs ont accusé les médias d’avoir créé un scandale avec la fameuse photo de Justin Trudeau. C’est vrai qu’une photo d’un homme qui tente de se faire réélire à la tête du pays avec la face peinturée en noir, ça ne mérite pas de faire la manchette. Juste pour être certaine que vous me compreniez bien, je fais de l’ironie.

Il était évident qu’une telle photo, surtout lorsqu’on comprend tout l’historique du fameux « blackface » et toutes ses répercussions négatives sur les communautés noires, allait être publiée. Les médias ont simplement fait leur travail. Mais bon, je n’en ajouterai pas une couche, puisqu’on va m’accuser de m’acharner.

Et ce sera encore de la faute aux méchants journalistes.

Il n’y a pas beaucoup de métiers dénigrés autant que celui de journaliste. Plusieurs nous détestent comme certains détestent les politiciens et les policiers. Des bons à rien. Des menteurs.

Comme si la majorité d’entre nous n’avait pas les compétences pour accomplir notre travail honnêtement et avec jugement. Oui, il nous arrive de faire des erreurs, comme n’importe quel humain. Mais on saute vite à l’insulte lorsque ça nous arrive. On ne met tout de même pas de vies en danger, il faudrait s’en souvenir.

On a le malheur de rebaptiser quelqu’un par erreur et on nous sort rapidement les « manques de professionnalisme et de rigueur ». On fait l’impardonnable erreur d’utiliser un terme au lieu d’un autre qu’on remet en question notre capacité à écrire.

Engueulez-vous et insultez-vous le gars chez Tim Hortons qui s’est trompé de commande ? Faites-vous une plainte à l’Office du consommateur si une vendeuse vous a amené une mauvaise grandeur dans la cabine d’essayage ?

Nos questions dérangent ? Certains décident de nous ignorer. Nos appels sont insistants ? Plusieurs préfèrent laisser sonner. Et lorsqu’on fait des textes élogieux, il n’y a évidemment pas d’insultes qui suivent. Il n’est pas si facile, notre métier. On est peut-être un peu masochiste.