Patricia Rainville
Le Quotidien
Patricia Rainville

Les journalistes judiciaires, ces détestés

CHRONIQUE / Saviez-vous que la médiatisation d’un dossier, au judiciaire, peut être considérée comme un facteur atténuant lorsque vient le temps de prononcer une peine ? Par exemple, si la cause d’un homme connu accusé et reconnu coupable de fraude ou d’agressions sexuelles, par exemple, a été largement médiatisée, un juge pourrait en tenir compte au moment où il aura à décider de la sentence d’un accusé. Beaucoup de criminalistes brandissent la médiatisation comme facteur atténuant.

En tant que journaliste, ça m’agace un peu, bien évidemment. Mais je comprends que la médiatisation peut parfois être une peine pire que celle prononcée par le tribunal. Mais n’oublions pas que la justice est publique. C’est un principe fondamental de notre système de justice canadien. Et plusieurs semblent l’oublier.

Certains accusés restent toujours bien surpris de voir un photographe de presse immortaliser leur visage dans les corridors des palais de justice. D’autres estiment que c’est presque la faute du journaliste judiciaire si leur cas est dévoilé au grand jour.

Des mamans d’accusé m’ont déjà traitée de « chienne » parce que j’avais écrit que leur fils était reconnu coupable d’agression sexuelle. D’autres accusés m’ont déjà menacée que « ça me retomberait sur le nez un moment donné » parce que j’avais décrit leur crime dans le journal. Un accusé m’a aussi apostrophée en pleine cour, estimant que c’était de ma faute s’il était enchaîné, puisque j’avais raconté ses frasques devant le juge, quelques semaines auparavant.

Un instant.

Les journalistes judiciaires ont amplement le droit, et même le devoir, de raconter ce qui se passe devant les tribunaux.

Le ministère public, responsable de poursuivre les individus ayant commis des crimes, le fait au nom de la population.

Et si je couvre un procès d’agression sexuelle et que l’individu est finalement acquitté, ne vous inquiétez pas que ce sera aussi dans le journal.

Les journalistes judiciaires ont évidemment le devoir de montrer les deux côtés de la médaille. Il y a la Couronne et la défense. C’est primordial de donner la version de chacun, sans jugement et, surtout, sans parti pris.

Et l’intimidation, les insultes et les menaces n’aideront jamais la cause de personne. Au judiciaire comme ailleurs.