Les irréductibles (et un peu vantards) Bleuets

CHRONIQUE / Chaque région du Québec a sa personnalité. Et chaque région a aussi sa réputation. Je me suis souvent demandé pour quelle raison le Saguenay-Lac-Saint-Jean ressortait souvent du lot, comparativement à la Mauricie ou l’Abitibi-Temiscamingue, par exemple. Je me disais que je devais m’en rendre davantage compte puisque je suis une Saguenéenne. Je me disais que j’entendais plus souvent parler de chez nous à l’échelle provinciale simplement parce que j’y prêtais davantage attention. Mais, plus je côtoie des gens de l’extérieur et plus je me demande si ce n’est pas parce que les Saguenéens et les Jeannois parlent plus fort que les autres qu’on les remarque davantage. Pour les bonnes, mais aussi pour les mauvaises raisons.

La semaine dernière, je signais un texte sur le fait que Saguenay était la 4e ville la plus «dangereuse» du Québec. Un ami a partagé ce texte sur les médias sociaux et certains internautes y allaient de commentaires peu reluisants sur notre municipalité, en particulier sur Jonquière, qui, selon la croyance populaire, est plus criminalisée que les autres arrondissements. Mais le commentaire qui m’a marqué était signé par un Montréalais. «Pour une fois qu’ils ne se vanteront pas d’être les meilleurs», écrivait un internaute, faisant sûrement référence à notre fierté de Bleuets. Je me suis un peu questionnée sur notre attitude à la suite de ce commentaire. J’ai donc demandé à mon chum, un Bas-Laurenticien qui a également vécu à Trois-Rivières et à Lévis et qui est installé à Saguenay depuis peu, si c’était vrai qu’on se «trouvait» meilleur que tout le monde. Sa réponse n’a pas tardé. Oui. 

Si, au départ, je me suis un peu sentie insultée, à bien y penser, je pense qu’il avait raison. À nous entendre, on a les meilleurs centres de ski, les plus belles plages, les plus beaux paysages, les habitants les plus sympathiques, les plus vastes territoires pour faire de la motoneige, les plus gros bleuets, les meilleurs mets traditionnels, les plus belles filles, les plus gros poissons. Ce n’est évidemment pas vrai que le Saguenay-Lac-Saint-Jean abrite les plus belles filles du Québec. Ce n’est pas vrai non plus que nos paysages sont plus beaux qu’ailleurs. Et il y a autant de belles places pour pêcher, faire de la motoneige ou du ski et se baigner ailleurs au Québec. Allez voir les baleines aux Escoumins, les couchers de soleil dans le Bas-du-Fleuve, allez rencontrer les sympathiques et accueillants Gaspésiens, allez chasser dans le Nord-du-Québec ou allez courtiser les demoiselles à Montréal et on s’en reparlera. 

La différence, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est qu’on a peut-être plus de talents pour vanter notre coin de pays. Il me semble que chaque fois qu’un comédien originaire du Lac a la chance de parler de sa région natale dans une entrevue, il le fait. Chaque fois qu’on se présente à quelqu’un de l’extérieur en spécifiant qu’on est originaire du Saguenay, on se fait parler de l’ex-maire Jean Tremblay, de notre accent, des Là-Là, de la légende qu’il y a 10 filles pour un gars ou de nos bleuets. Je ne serais pas capable d’en faire autant avec quelqu’un qui vient de la Montérégie ou de la Côte-Nord. Je ne serais même pas capable de nommer un maire, un comédien ou une expression typique de l’Estrie. Encore moins un plat typiquement sherbrookois! 

Ça me fait penser que la semaine dernière, encore, le champion de l’octogone Georges Saint-Pierre publiait une photo sur sa page Facebook. «Ce soir, j’ai la chance de manger mon mets préféré bien de chez nous, de la tourtière!», écrivait-il. Son commentaire était accompagné d’une photo. Évidemment, Georges Saint-Pierre étant originaire de Saint-Isidore, dans la région de Chaudières-Appalaches, c’était du pâté à la viande qu’on voyait sur la photo. Il n’en fallait pas plus pour enflammer les Jeannois, qui sont pratiquement montés aux barricades, histoire de défendre leur mets typique. Pas moins de 440 commentaires ont déferlé sous la photo du combattant. Des Jeannois partageant des photos de «vraies» tourtières et d’autres leur répondant d’en revenir de leur satané plat traditionnel. «Tannant le monde du Lac avec leurs vraies tourtières lol get over it», répondait une internaute. Et s’en suivait une longue discussion sur l’art de la tourtière. 

Personnellement, même en tant que Saguenéenne, je m’en fous un peu, de la fausse ou de la vraie tourtière. Je ne suis même pas si fière que ça, lorsque je fais goûter ce plat aux touristes. Mais je le serais encore moins de leur offrir un simple pâté à la viande. Parce que c’est un peu comme si on servait un frite sauce en disant que c’est une poutine!