Les doléances du peuple

CHRONIQUE / Avez-vous déjà assisté à une séance du conseil municipal ? En tant que citoyens, avez-vous déjà pris la peine de vous déplacer pour poser une question à vos élus ? Moi, non. À vrai dire, j’ai assisté à des dizaines et des dizaines de séances du conseil municipal. Mais j’étais payée pour le faire. Il y a là une énorme différence.

Je suis toujours étonnée de voir les mêmes citoyens, semaine après semaine, se déplacer à la séance publique des conseillers, histoire de poser une question ou de se plaindre de tel ou tel problème. 

Je suis appelée à couvrir des séances depuis une dizaine d’années maintenant. Et même si Saguenay est composée d’une population de 150 000 habitants, ce sont toujours les mêmes trois ou quatre individus qui se présentent au micro lors de la période de questions. On finit par les connaître par leur petit nom et on devine même de quel sujet ils vont parler. Je n’ose pas imaginer ce qui se passe dans les séances des petites municipalités de quelques milliers d’âmes. 

Je les trouve tout de même courageux, ces citoyens, qui prennent le temps de se rendre aux séances afin de brasser un peu nos élus. Certains devraient d’ailleurs s’inspirer de ceux et celles qui prennent la peine d’assister à ces séances publiques, à la place de chialer contre les élus dans le confort de leur foyer. 

Mais je trouve les conseillers courageux, aussi, d’écouter les doléances de M. Chose et Mme Machin, semaine après semaine. Mais bon, ils sont payés pour le faire, me direz-vous. Et vous avez raison. 

Mardi soir dernier, alors que je couvrais la séance de Saguenay, je me suis d’ailleurs demandé si j’aurais la patience d’être conseillère municipale. 

On va se le dire, les réunions des conseillers ne sont pas la chose la plus palpitante sur cette Terre. Et après deux heures de dérogations mineures, de règlements d’emprunts et d’affaires courantes, affronter la période de questions me paraît être un exercice périlleux. 

Cette semaine, justement, un individu particulièrement énervé, pour ne pas dire agressif, s’est présenté au micro, en hurlant et en sommant la mairesse de régler le problème de la prostitution au plus vite. Selon lui, elle avait le devoir de régler ce fléau et d’entretenir le premier ministre et la ministre de la Justice à ce sujet. Il a passé une dizaine de minutes au micro, à frapper sur le lutrin et à crier ses commentaires. Je croyais bien que les deux policiers postés à l’entrée allaient réagir, lui demandant au moins de baisser le ton, mais non. La mairesse a dû lui faire face toute seule comme une grande. Il a fini par quitter la salle, loin d’être calmé et n’ayant pas pris le temps d’écouter les explications des élus.

Un autre citoyen s’est présenté au micro, se plaignant que les conseillers ne lui avaient pas proposé de le reconduire à Jonquière après la dernière séance, qui avait eu lieu à La Baie. Il se plaignait aussi que son CV n’ait pas été retenu pour un poste à la Ville. 

Je ne serais vraiment pas étonnée de revoir ces deux messieurs prochainement à Infoman.