Patricia Rainville

Les BBQ à l’ère de la COVID

Avez-vous fait griller quelques steaks sur le barbecue pour des amis ou pour la famille, le week-end dernier, alors que la santé publique avait (enfin) donné le feu vert aux rassemblements extérieurs de 10 personnes ou moins ? Moi non, mais j’ai été invitée à déguster des grillades chez une amie, que je n’avais pas vue « en vrai » depuis le 7 mars. Il faut dire que je suis une citoyenne assez obéissante et je ne pense pas avoir fait d’écarts de conduite depuis qu’on nous a confinés. Je suis même assez fière de dire que oui, j’ai respecté les consignes à la lettre depuis le 12 mars, lorsque les premières restrictions sont apparues. Ce respect s’explique en partie parce que j’avais peur d’attraper cette saloperie, mais aussi parce que je suis convaincue que si une société avance dans la même direction, le mauvais moment à passer sera pas mal moins pénible et, surtout, beaucoup moins long.

Pendant que certains ont écouté les consignes comme si elles s’appliquaient au voisin, mais pas à eux, et continuaient leur train-train quotidien pratiquement comme si de rien n’était, s’insurgeant et criant à la liberté individuelle parce que les policiers sévissaient, d’autres n’ont toujours pas mis le nez dehors, à part sur leur balcon, puisqu’elles sont plus à risque que vous et moi.

J’ai un ami de 27 ans, souffrant d’une maladie qui le rend plus vulnérable au coronavirus, qui n’a vu personne – sauf via Zoom ou à travers sa fenêtre – depuis presque trois mois. Même pas ses parents. Même pas le caissier à l’épicerie. Il n’a touché personne depuis le début du mois de mars et sa voiture ne démarre même plus tellement ça fait longtemps qu’elle n’a pas bougé.

C’est en pensant à des gens comme lui que je n’ai pas trop eu de difficulté à suivre les consignes de confinement.

Mais vendredi dernier, enfin, les Québécois ont pu se réunir dans leur cour arrière sans craindre un billet d’infraction salé des autorités. J’en ai moi aussi profité pour participer à ma première activité sociale de la saison.

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai eu l’impression que la règle du deux mètres est pas mal plus facile à respecter à l’épicerie que sur la terrasse d’une amie. C’est moins difficile de se tenir à distance d’un pur inconnu dans l’allée des surgelés que de se tenir loin d’un parent ou d’une amie.

Je regardais des reportages, le week-end dernier, dans lesquels on voyait des groupes d’amis ou des familles élargies se retrouver autour d’un barbecue, avec Purell et chaises soigneusement installées à une distance respectant la distanciation physique. Certains avaient amené leur propre vaisselle et une seule personne était chargée du service des plats et des breuvages, histoire de limiter la manipulation des objets. Les plus prudents avaient même installé des rubans adhésifs de couleur au sol pour que les convives n’oublient pas que la règle du deux mètres devait encore être respectée.

Wow ! Déjà que je n’aime pas particulièrement recevoir, je me suis dit qu’à l’ère de la COVID-19, organiser un barbecue et une petite soirée ne laissait plus beaucoup de place à la frivolité et à l’improvisation.

Ça serait mon genre de réaménager la terrasse pour que personne ne soit assis trop proche, d’installer des stations de lavage de mains, d’offrir des masques jetables pour ceux qui en veulent, de coller un parcours de flèches au sol et de désinfecter poignée de porte, interrupteur et toilette dès qu’un convive aura terminé son tour au petit coin. Je désinfecte encore mon épicerie, même si je sais très bien que les risques de contamination sont faibles, alors je passerais sans doute un jet d’eau de Javel sur la terrasse une fois les invités partis. Je ne m’infligerai pas pareil stress. Ni pour moi ni pour eux.

Même en temps de COVID, je reste donc la même. J’aime beaucoup mieux être reçue que recevoir. Pas mal moins compliqué, coronavirus ou non.