Patricia Rainville

Le sucre à la crème

CHRONIQUE / Dimanche soir dernier, alors que la tempête faisait rage, je me suis dit que le moment était idéal pour concocter un petit dessert de Noël. Je pourrais ainsi épater la galerie lorsque j’arriverai aux réceptions auxquelles je suis conviée dans le temps des Fêtes. Vous savez, ces petites sucreries emballées dans des boîtes de métal ornées de bonshommes en pain d’épice et offertes aux hôtes avec un brin de fierté.

Je n’avais pas trop envie de mettre le nez dehors, alors j’ai choisi des recettes qui nécessitaient des ingrédients que j’avais dans mon garde-manger. Tiens, tiens, pourquoi pas du sucre à la crème?

Je me suis donc attelée à la tâche, armée de mes tasses à mesurer, de mon thermomètre à bonbons et de mon chaudron. Facile, me disait la recette dénichée sur Internet. Très peu d’ingrédients demandés, on mélange le tout et on fait bouillir jusqu’à atteindre une température précise. Un vrai jeu d’enfant.

Pendant que le tout mijotait, je me suis mise au travail pour une deuxième recette. Des macarons chocolat et noix de coco. Une autre recette facile, me promettait Internet.

J’ai peut-être un peu négligé mon sucre à la crème durant quelques instants, le temps que je mesure les ingrédients pour ma seconde recette. De toute façon, le thermomètre n’affichait pas encore la température souhaitée. À vrai dire, le thermomètre avait stoppé à une certaine température, ce qui aurait dû m’alerter, mais étant donné que je n’ai pas tellement de talents en desserts, j’ai fait confiance aveuglément à cet outil de cuisine. Je n’aurais sans doute pas dû, puisque le mélange s’est soudain mis à sentir le brûlé.

Flûte, me suis-je dit, en retirant le chaudron du rond. J’ai voulu goûter, histoire de voir si la recette avait pris au fond. Vous allez me dire que je n’ai pas réfléchi et vous aurez raison. Je me suis brûlé non seulement la langue, mais aussi le palais, assez sévèrement pour que j’en ressente encore les effets au moment où j’écris cette chronique.

Irritée, je mets le tout de côté. De toute façon, la recette disait que je devais laisser refroidir le sucre à la crème une fois la température atteinte. Mon thermomètre étant visiblement défectueux, je n’avais pas la moindre idée combien de temps le mélange avait cuit en trop.

Je me concentre donc sur mon autre recette et j’arrive à mettre les macarons au four.

Je me retourne ensuite vers le sucre à la crème. Je me risque à y mettre un doigt, afin de voir s’il avait bien refroidi. Erreur. Je me suis brûlé l’index, que j’ai voulu refroidir avec l’eau du robinet, mais j’ai envenimé la situation puisque l’eau qui s’est mise à couler était elle aussi brûlante.

Non seulement j’étais blessée, mais le sucre à la crème s’était transformé non pas en caramel, mais plutôt en espèce de substance absolument collante et qui durcissait à vue d’œil.

Pendant que j’essayais de sauver mon chaudron, collé de partout de croûtes de sucre impossibles à faire disparaître, mes jolis macarons brûlaient dans le four.

Le détecteur de fumée s’est emballé, mon chaudron a fini dans la poubelle et j’en ai eu pour 40 minutes à faire la vaisselle et à nettoyer la cuisine. Et rien pour me sucrer le bec. Un vrai désastre.

Finalement, je ne pourrai pas faire ma fraîche avec ma jolie boîte de métal rempli de sucreries à offrir à mes hôtes lorsque je serai reçue à Noël.

Ah oui, j’oubliais. Ne me conseillez pas une recette de sucre à la crème au micro-ondes, tout simplement parce que je n’ai pas de micro-ondes. Eh oui, j’arrive à vivre sans cet article ménager. Sauf si je veux faire du sucre à la crème.