Le Québec n’est pas juste une île

CHRONIQUE / Je suis allée faire un peu de tourisme montréalais il y a deux semaines. Visite du Stade olympique, du Biodôme, du Salon de la moto et partie du Canadien: j’arpente encore ma métropole avec grand plaisir. Si je me rends à Montréal deux ou trois fois par année, je suis toujours bien étonnée de voir que certains Montréalais, eux, ne sont pas souvent allés en région.

« Bonjour, vous venez de quel endroit?

- Chicoutimi.

- ...

- Saguenay?

- Ah, OK, je pense que je sais c’est où. Est-ce qu’il y a un métro à Chicoutimi?

- Non, monsieur. La seule ville du Québec où il y a un métro, c’est Montréal.

- Non, il y en a un à Québec aussi.

- Êtes-vous déjà sorti de l’île, vous? »

Cet échange, je l’ai eu avec le guide du Stade olympique de Montréal. Il n’était pas l’être le plus sympathique que la Terre ait porté, alors je ne me suis pas trop gênée pour l’insulter un peu au passage. De toute façon, il me semble que lorsqu’on est guide pour un site particulièrement touristique comme l’est le Stade olympique, on se doit d’être un peu renseigné sur ce qui nous entoure.

Bon, j’imagine qu’il connaît bien la métropole, mais ça m’a tout de même fait plaisir de lui élargir un peu les horizons. Parce que le Québec n’est pas juste une île. 

Ils ne sont pas rares, les Montréalais qui croient que le Saguenay se trouve à des années-lumière de la métropole. J’ai interviewé des dizaines de personnes qui n’avaient jamais mis les pieds en région, croyant que nous n’avions pas encore accès à Internet et qu’on se déplaçait en motoneige en hiver. 

Je comprends bien qu’un Montréalais qui n’a rien à faire au Saguenay, sur la Côte-Nord ou en Abitibi n’a peut-être pas le désir de s’y rendre. On ne forcera quand même pas les citadins à faire du tourisme régional, même s’ils ne savent pas ce qu’ils manquent. Mais de là à ignorer qu’il n’y a pas – et qu’il n’y aura jamais – de métro à Chicoutimi, il y a une marge. Et c’en est presque insultant. 

Je parcours beaucoup la province avec mon chum. Et chaque fois qu’on nous demande où nous habitons, il répond toujours que nous vivons à La Baie. Cet été, alors que nous faisions le tour de la Gaspésie, je me suis rendu compte que nous devions toujours expliquer où se situait La Baie. Et plusieurs confondent La Baie et La Malbaie, ignorant qu’il s’agit de deux agglomérations situées dans deux régions administratives différentes. C’est comme si on mêlait Rivière-Ouelle et Rivière-du-Loup. Par chance que le déluge nous a mis sur la map...

Mon chum ne peut pas savoir que La Baie est un territoire quelque peu inconnu à l’échelle provinciale, puisqu’il ne vient pas du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Mais je lui ai fortement suggéré d’employer les termes Saguenay ou Chicoutimi, afin de ne pas mêler les gens plus qu’il ne le faut. 

On ne peut quand même pas en vouloir à ceux qui ont de la misère à différencier La Baie de La Malbaie. On peut leur pardonner, le fondateur malbéen et l’autre baieriverain ne se sont pas trop creusé les méninges pour baptiser ces territoires. 

Et en passant, il n’y a ni métro à La Malbaie ni à La Baie. Au cas où vous vous le demandiez. Patricia Rainville