Le Noël moderne

CHRONIQUE / Ma belle-soeur ne sera pas avec nous à Noël. Elle a décidé de s’envoler vers une contrée plus chaude pour passer le temps des Fêtes. Ce n’est pas vraiment le froid de l’hiver qui l’a fait fuir, mais plutôt le stress qu’entraîne l’organisation des fêtes de Noël de nos jours.

Bien que j’ai toujours adoré le temps des Fêtes, je dois dire que je l’envie un peu. L’achat des cadeaux, la planification des mille et une soirées, la route entre chacune d’elles, le boulot et les demandes de congé, le désir de plaire à tout le monde et, surtout, de ne pas blesser personne en refusant une invitation me donnent des maux de tête à compter du 1er décembre. Avant cette date, je refuse simplement de regarder la réalité en face et je préfère vivre dans le déni. Une vraie autruche.

Je rêve qu’on revienne dans le bon vieux temps. Vous savez, à cette époque où toute la famille demeurait dans le même rang et où tout le monde se retrouvait chez grand-maman le soir du réveillon. Je n’ai jamais vécu à cette époque, mais je me dis que ça devait être pas mal moins compliqué qu’aujourd’hui, avec les familles reconstituées, les belles-familles, les kilomètres et les kilomètres qui séparent les uns des autres, les gardes partagées et ceux et celles qui doivent travailler entre Noël et le jour de l’An. Le calvaire.

Je crois être un exemple de ce qui peut être compliqué durant le temps des Fêtes.

Premièrement, je fais un travail qui ne prend pas vraiment de vacances, ce qui fait en sorte que je n’ai pas toujours la chance de ne pas travailler dans le temps des Fêtes.

Mes parents sont divorcés. La femme de mon père a deux enfants, qui eux aussi vivent dans différentes régions et doivent conjuguer avec les disponibilités de tout le monde. Mon père vit au Saguenay, ma mère vit à Montréal. Je suis chanceuse, ils s’entendent assez bien pour passer le soir de Noël ensemble. Ce n’est pas donné à tout le monde.

Mon frère réside lui aussi dans la métropole. Il est également séparé, ce qui fait en sorte que son fils vit en garde partagée. Ma soeur est à Québec, a trois enfants, qu’elle doit aussi partager avec leur père. Les enfants seront chez leur père ou leur mère à Noël? Un autre degré de difficulté.

Ma belle-famille maintenant. Mon beau-frère vit à Lévis, ma belle-mère et mon beau-père vivent dans le Bas-Saint-Laurent. Ils ne sont plus ensemble, mais ont tous les deux refait leur vie. Leur nouveau conjoint et conjointe ont des enfants qui, eux aussi, ont des parents divorcés. Certains d’entre eux ont aussi des enfants et certains sont aussi séparés. Histoire d’ajouter une dose de difficulté, mon beau-père passe Noël dans son chalet de la Côte-Nord cette année...

Et ça, c’est sans oublier les 1000 oncles et tantes, cousins et cousines que mon chum adore et qu’il croit pouvoir voir dans le temps des Fêtes. Quelqu’un lui a dit que ça ne durait qu’une dizaine de jours?

Inutile de dire que réunir tout ce beau monde relève du miracle. Les défis organisationnels se cachent les uns dans les autres, comme des poupées russes.

Et imaginez, je n’ai même pas d’enfant!

Alors je comprends ma belle-soeur de faire ses valises et de fuir loin, très loin.

Mais, d’un autre côté, passer Noël sous les palmiers, sans une graine de neige et sans tous ces petits casse-têtes enlève un brin de magie. Parce que j’imagine que c’est ça, le Noël moderne.