Le malaise de la nudité

CHRONIQUE / Je n’ai jamais aimé me balader nue devant des inconnus. Devant des amis non plus, d’ailleurs. Les plages ou les clubs de nudistes ne m’ont jamais attirée.

Et lorsque j’ai entendu la nouvelle qu’il serait désormais interdit de se promener les fesses à l’air dans les vestiaires de Brossard, j’ai souri. J’ai souri, parce que j’aurais bien aimé ça que ce règlement soit appliqué dans tous les vestiaires de la planète lorsque j’étais petite. 

J’ai toujours été quelqu’un d’assez pudique. Mais, enfant et adolescente, cette pudeur était encore plus prononcée. Jamais, au grand jamais je ne me serais mise nue devant les autres, même si ce n’était que pour me changer. Je me changeais et me lavais à la maison s’il n’y avait pas de cabine fermée disponible.

J’allais régulièrement à la piscine municipale avec ma grande sœur lorsque j’étais enfant et jeune adolescente. Chaque fois, je ne savais pas où regarder lorsque je pénétrais dans le vestiaire. J’ignore d’où me venait ce malaise et je ne sais pas si ce sont tous les enfants et les ados qui le ressentaient face à la nudité d’autrui, mais personnellement, tomber nez à seins avec une dame que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam me déplaisait.

Je crois que ma sœur, qui était déjà une jeune adulte à l’époque, avait remarqué mon malaise, puisqu’elle ne pouvait s’empêcher de sourire en voyant ma réaction. Je la soupçonne même d’avoir orchestré des sorties à la piscine uniquement pour me voir rougir de la tête aux pieds devant les dames nues-seins des vestiaires.

Que voulez-vous, je ne comprenais pas ça, les femmes qui se faisaient sécher les cheveux avant même d’avoir pris le temps de s’habiller. Je ne comprenais pas ça, les femmes qui s’enduisaient de crème pour le corps flambant nues devant tout le monde. Et ça m’énervait, les femmes qui passaient leur temps à se balader à poil d’un bord pis de l’autre du vestiaire. 

Cette espèce de pudeur handicapante m’a hantée toute ma vingtaine. Dans les vestiaires des gyms que j’ai fréquentés, jamais je ne me dénudais devant autrui. Pour une raison obscure, lorsque la trentaine m’a frappée, cette pudeur s’est légèrement envolée. C’est idiot, me direz-vous, puisque j’étais sans doute plus « cute » à 21 ans que je le suis à 31, mais aujourd’hui, je suis capable de me dévêtir et de me changer sans aller me cacher dans une cabine. Un jour, tout bonnement, je me suis rendue compte que j’étais complètement ridicule. Je me suis donc changée pour une première fois devant quelqu’un que je ne connaissais pas il n’y a pas si longtemps. Et je ne suis même pas morte. Toute une révélation. 

Je ne serais peut-être pas encore prête à me faire sécher les cheveux durant 10 minutes en bédaine, mais la vue des autres corps de femmes et le fait de dévoiler (un peu) le mien devant celles qui partagent le même vestiaire que moi ne m’horripilent plus. 

Ça doit être la sagesse. Serions-nous moins pudiques en vieillissant? Peut-être. Du moins, on doit être plus à l’aise avec le corps qu’on trimballe. 

Je me demande bien si les hommes, eux, se posent autant de questions que la gent féminine lorsque vient le temps de la douche dans les vestiaires. Parce que je sais que je ne suis pas la seule femme au monde à être mal à l’aise lorsque vient le moment de se dénuder en « public ». 

Et bien que j’aurais donné cher pour que la nudité soit bannie des vestiaires lorsque j’étais plus jeune, je trouve quelque peu exagéré, aujourd’hui, qu’un tel règlement ait été instauré. Et pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec ça, je vous conseille de faire ce que j’ai fait pendant des années ; regarder le plancher. Parce qu’elles sont rares, les femmes nues qui se couchent par terre dans les vestiaires. Et j’imagine que c’est pareil du côté des hommes.