Le mal qui terrorise

CHRONIQUE / J’assistais aux comparutions judiciaires, il y a quelques semaines, lorsqu’on a appelé un accusé.

« Il est décédé », a précisé une procureure de la défense.

On a vite passé à un autre appel et le dossier a donc été relégué aux oubliettes.

Curieuse, j’ai fouillé un peu sur le Web pour savoir si nous avions déjà parlé de cet individu, qui avait un ou deux dossiers à la cour criminelle et dont la date de naissance ne laissait pas présager qu’il était mort de sa belle mort, comme on dit.

Je n’ai pas eu trop de misère à retrouver un texte d’un collègue, qui avait écrit sur ce même individu plusieurs mois plus tôt.

L’homme en question, accusé de menaces de mort à l’endroit d’un membre de sa famille, avait lancé un véritable cri du coeur en s’adressant au juge, lorsqu’il avait été convoqué devant les tribunaux.

L’individu souffrait de problèmes de santé mentale. Il déplorait que les personnes atteintes de maladies mentales et les plus démunies n’aient pas l’aide dont elles ont besoin.

Plusieurs mois plus tard, il s’est finalement suicidé.

On essaie, en tant que médias, de ne pas trop parler de suicide. On a longtemps dit que d’en parler ouvertement dans le journal pouvait donner de mauvaises idées aux personnes suicidaires. Ce n’est pas vraiment un règlement officiel, mais c’est plutôt une loi officieuse.

Je ne suis pas d’accord. Et la majorité des personnes oeuvrant en prévention du suicide m’ont confirmé, au fil des années, qu’il était préférable de parler de cette réalité plutôt que de la taire, comme s’il s’agissait d’une gênante maladie vénérienne.

La santé mentale est sans doute le sujet qui me touche le plus. Parce qu’il y a énormément de travail à faire pour qu’elle soit moins tabou. Pour qu’elle soit plus comprise. Pour qu’elle fasse moins peur.

La santé mentale est probablement l’un des enjeux de société les plus ignorés. L’un des plus enfouis sous les tapis. L’un des plus jugés.

Comment peut-on faire, en tant que société, pour enfin trouver des moyens efficaces pour venir en aide à tous ceux et celles qui souffrent ? Sans qu’elles se sentent honteuses ?

Combien de fois entend-on des gens crier haut et fort qu’il n’existe pas suffisamment de ressources pour ces personnes aux prises avec des maladies mentales graves ?

J’ai lu un rapport, récemment, sur la désinstitutionnalisation. Dans ce rapport, datant des années 80, on déplorait que les prisons étaient devenues les asiles modernes.

Nous sommes à l’aube de 2020 et le problème est toujours le même. Les prisons et les cours de justice débordent d’accusés et de détenus malades mentalement. Suis-je la seule à trouver ça triste à mourir ?

Ce grave problème n’est évidemment pas la faute à qui que ce soit, mais sans doute la faute à tout le monde. Et il serait peut-être temps, collectivement, qu’on se penche sur le problème.

Certes, il y a eu des avancées notables au fil des ans. On parle d’anxiété et de dépression plus que jamais, ce que je salue. Mais la peur et l’indifférence paralysent encore beaucoup trop de gens. La bipolarité fait fuir la majorité d’entre nous et la schizophrénie terrorise à peu près tout le monde. Maintenant, essayez d’imaginer, ne serait-ce que quelques secondes, ce que peuvent ressentir les personnes qui en sont atteintes.

Elles doivent être mille fois plus terrorisées que vous et moi.