Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Le grand ménage virtuel

CHRONIQUE / Après avoir appris à vivre avec, sans trop en avoir le choix, je crois avoir enfin trouvé un peu, même pas mal, de positif à la pandémie de COVID-19. C’est que j’ai amorcé le plus grand des ménages grâce à elle. Dommage que son incidence ne se répercute pas jusque dans la maison, mais bon. J’ai tout de même épuré ma vie. Ma vie virtuelle.

Dire que c’est cette pandémie qui m’aura enfin fait prendre une certaine distance des réseaux sociaux. Pauvre petit mari, lui qui maugréait depuis un bon moment que j’avais le cellulaire soudé au creux de la main. Il doit être tout de même satisfait : j’ai pris une pause.

Au cours des derniers jours, j’ai entamé un long nettoyage, qui s’enligne pour durer aussi longtemps que ce nouveau coronavirus. Et pour être honnête, ce grand ménage n’a rien d’une corvée. Au contraire, l’opération se déroule dans le plus grand des bonheurs, des soulagements et des satisfactions.

C’est simple : je me désabonne ou retire de ma liste d’amis ceux qui franchissent la limite. Sans grande surprise, il y a pas mal de candidats qualifiés pour le grand débarras.

J’aime bien dire que Facebook, ce n’est pas la vraie vie. Alors, rien ne nous oblige à entretenir ou à tolérer des relations virtuelles qui ne font pas de sens.

Cette version virtuelle de Madame Blancheville est née, sans grand hasard, à la suite de l’obligation du port du masque dans les lieux publics de la province. Un sondage CROP indiquait, plus tôt cette semaine, que seulement 14 % des Québécois s’opposaient au port du masque dans les endroits fermés. C’est à croire que je suis amie Facebook avec cette mince portion du Québec... qui semble faire du bruit pour 140 %.

Il y a toujours quelque chose à voir, à entendre ou à lire sur les réseaux sociaux.

Et sans grande surprise, en ce moment, c’est rarement positif. C’est comme si le bruit de fond ne cessait jamais. Un bourdonnement incessant de chialage pur et dur.

Une image pour se moquer des gens qui portent le masque, un commentaire assassin pour frapper une énième fois sur Justin Trudeau, François Legault ou toute autre figure politique et une affirmation qui n’a rien de scientifique partagée à maintes reprises.

Je suis en faveur de la diversité des points de vue, des opinions et des idées. Je suis, malgré tout ce que nous pouvons lire et voir, convaincue de l’importance de notre unicité. Après tout, il faut de tout pour faire un monde.

Mais j’ai atteint la limite : lire et entendre n’importe quoi. Disons qu’en contexte de pandémie, c’est un bel euphémisme que de dire que nous sommes confrontés à tout cela. Je ne croyais pas qu’il y avait autre chose au Québec qui pouvait susciter autant de commentaires, de réactions et de désaccord que les Canadiens de Montréal.

J’en ai littéralement marre de tout ce qui est partagé sur les réseaux sociaux.

Déjà, nous jonglons, depuis des années, avec bon nombre de fausses nouvelles. Et puis, il y a eu la pandémie. Le réseau social de Mark Zuckerberg est maintenant le paradis des conspirationnistes, des anti-masques, des anti-vaccins et des nuages gris de ce monde.

Ce qui frappe le plus, c’est de voir des gens près de nous emprunter ce genre de discours. Des personnes que nous croisons pour le travail, des connaissances et de la famille élargie. Et c’est aussi, parfois, très très près de nous.

Plutôt que de partager du contenu erroné, partagez donc un contenu vérifié, plutôt que de critiquer le gouvernement. Impliquez-vous dans votre communauté. Plutôt que d’écrire n’importe quoi, allez donc prendre l’air, à la limite.

J’espère que les fausses idées, les critiques gratuites et le négativisme prendront bientôt congé. Après tout, ça devrait être les vacances pour tous...