Patricia Rainville
Dr Nadine Larente s’est rendue au CHSLD Herron de Dorbal et a appelé ses trois enfants et son mari pour qu’ils viennent l’aider à nourrir les résidents.
Dr Nadine Larente s’est rendue au CHSLD Herron de Dorbal et a appelé ses trois enfants et son mari pour qu’ils viennent l’aider à nourrir les résidents.

Le courage des uns et l’égoïsme des autres

CHRONIQUE / « Si on n’y va pas, personne ne va y aller. Et ces gens ont besoin d’aide. » Cette phrase, c’est un jeune homme qui l’a lancée, cette semaine, à un journaliste télévisé, alors qu’il se préparait à entrer dans un CHSLD pour donner un coup de main. Ce jeune homme n’était ni médecin, ni infirmier, ni préposé. Il était bénévole.

J’ai presque pleuré sur mon divan en l’écoutant. Moi, qui étais tranquillement assise à regarder les bulletins de nouvelles. Moi, qui, en pyjama, étais scandalisée devant tous ces reportages qui évoquent que plusieurs aînés sont en train de vivre – ou de mourir – dans des résidences où ils sont privés de soins de base, en raison de la crise de la COVID-19 et du manque criant de personnel. Ces aînés si vulnérables, si esseulés, et qui n’auraient sans doute jamais pensé finir leur vie de façon aussi misérable. Les images des 31 dépouilles sorties du CHSLD Herron de Dorval étaient à glacer le sang.

Pendant que je me la coulais douce « en sauvant des vies parce que je ne sors pas de la maison », certains n’hésitaient pas à se mettre à risque pour aider. Simplement aider. Bénévolement, par-dessus le marché.

Comme cette médecin, Dre Nadine Larente, qui s’est rendue au CHSLD Herron et qui a appelé ses trois enfants et son mari pour qu’ils viennent l’aider à nourrir les résidents, devant l’urgence d’agir. C’est le chroniqueur de La Presse, Patrick Lagacé, qui a raconté l’histoire cette semaine.

Vous imaginez la leçon de vie et de générosité qu’elle a offerte à ses trois enfants.

C’est assez incroyable de voir comment certains n’hésitent pas à affronter le drame par bonté et avec courage, alors que d’autres ne pensent qu’à leur petite personne en défiant les mesures de confinement et en buvant quelques bières avec des amis, pendant que les premiers se tuent à prendre soin des plus démunis.

La déclaration du jeune bénévole anonyme et l’histoire de cette médecin montréalaise m’ont trotté dans la tête toute la semaine. Je me suis demandé durant plusieurs jours comment je pourrais apporter ma contribution dans ce chaos qui secoue certaines résidences pour personnes âgées.

Je n’ai malheureusement aucune espèce de formation médicale. Je serais douée pour jouer aux cartes avec un ou deux résidents, mais les contacts sont tout simplement interdits dans les milieux de vie des aînés pour les protéger du coronavirus.

C’est un sentiment d’impuissance qui m’a envahi cette semaine. Et se sentir impuissant, c’est particulièrement désagréable.

Je profite donc de cette tribune pour lever mon chapeau bien haut à ceux et celles qui laissent leur peur à l’entrée des CHSLD et des résidences privées pour aider ces aînés à passer au travers ou, du moins, à quitter ce monde dignement.