Un beau banc d’entraînement directement à côté du divan, ça donne un look digne des plus grandes revues de décoration, admettons-le.

Le bench

CHRONIQUE / Je ne vous apprends sans doute rien en disant que la vie à deux est composée de plusieurs compromis. Je suis une fille de compromis et je plie assez facilement lorsque je sens venir la tempête. Mais s’il y a un domaine où je peux tenir mon bout, c’est bien celui de l’aménagement intérieur et de la décoration. Voyez-vous, j’ai un petit talent pour la déco. Et j’aime aménager un environnement accueillant et dans lequel je me sens bien. Je suis assez disciplinée sur le ménage et je déteste lorsqu’une pièce est bordélique.

Alors quand un gars qui n’y connaît pas grand-chose essaie de faufiler des objets douteux dans le décor, je le vois venir à un kilomètre à la ronde. 

Pour faire une histoire courte, mon chum s’est installé chez moi peu à peu, en y amenant des objets personnels par-ci, par-là. 

De la brosse à dents à un lit. 

Ne vivant pas dans un vaste palace, je dois admettre que l’espace pour ses choses se faisait plutôt rare. Je lui ai donc offert un tiroir, puis deux. Je lui ai fait une petite place dans la salle de bain. Mais, au fil du temps, vous comprendrez qu’il en avait marre de louer des espaces pour entreposer ses meubles et d’autres effets personnels. Ma tendre moitié travaille dans le Nord, et il n’est que rarement à la maison. Je ne me sentais donc pas si coupable que ça de tenir mon bout lorsqu’il était question d’aménagement intérieur. 

En attendant de déménager dans plus grand, je lui ai toutefois permis d’installer quelques trucs supplémentaires. Je vous entends déjà me traiter de « Germaine » qui ne laisse pas son chum prendre sa place. Mais vous allez sans doute comprendre ma réticence lorsque vous apprendrez qu’il a installé son bench dans le salon. Un beau banc d’entraînement directement à côté du divan, ça donne un look digne des plus grandes revues de décoration, admettons-le. 

Je me suis parlé intérieurement. « Pauvre petit, il n’a pas de place pour son bench, et ce n’est que pour un petit moment, en attendant », me disais-je. 

Mais en discutant avec des proches, je me suis bien rendu compte qu’un banc d’entraînement dans un salon, ça n’avait rien de légal. Franchement, un poster avec ça ? Et, le pire dans tout ça, c’est qu’il ne l’utilisait même pas. 

« Tu es vraiment gâtée, mon amour, avec ce beau bench dans le salon. Tu n’es même plus obligée d’aller au gym ! », me narguait-il. 

La semaine dernière, le fameux bench est venu sur le sujet lors d’un souper avec la maman de mon maître décorateur. Sur le coup, elle n’a pas trop parlé, et la conversation a bifurqué vers une autre histoire. Mais le lendemain, mon roi du gym a reçu un appel. 

« Ma mère a appelé », qu’il m’a dit. « Elle voulait quelque chose de particulier ? », lui ai-je demandé. « Oui. Elle m’a dit de sortir le bench du salon », m’a-t-il répondu. J’ai ri. « C’est certain qu’elle va être de ton bord ! », a-t-il ajouté, la mine basse. 

Finalement, le bench trône toujours au milieu du salon. Mais on a réglé le problème. On déménage. Et le bench est chanceux. Il aura une chambre juste pour lui.