Le barrage qui fuit

CHRONIQUE / Où on s'en va?

Voilà la question que je me suis posée, plus tôt cette semaine, en lisant deux nouvelles publiées dans Le Quotidien. Non, ça n’a rien à voir avec cette étudiante en techniques policières. Ça n’a rien à voir non plus avec ce député qui a cru bon d’envoyer une photo d’un acte sexuel à une employée...

Ce sont plutôt des nouvelles régionales qui m’ont chamboulée. La première, c’est l’histoire de cette infirmière qui lançait un cri du coeur, dénonçant le manque de soins reçus par son père, résidant d’un CHSLD. Des couches qui débordent, de l’urine séchée par terre, des plaies aux pieds mal soignées, le pauvre homme souffrant d’Alzheimer, et particulièrement vulnérable, disons-le, est victime d’un manque de main-d’oeuvre dont les conséquences s’étendent du personnel aux patients. Ce n’est malheureusement pas le premier cas qui fait la une des journaux. Et, bien terriblement, ce ne sera pas le dernier. J’ai souvent l’impression que notre système de santé est un barrage qui fuit. On colmate, au fur et à mesure, les brèches qui se forment dans la structure. Mais on ne répare pas en profondeur. Et j’ai bien peur que le barrage, affaibli, cède un jour ou l’autre, malgré les réparations temporaires faites ici et là. 

Des infirmières à bout de souffle, des spécialistes qui quittent le navire, des préposées aux bénéficiaires en épuisement professionnel ; ce genre de nouvelles ont fait les manchettes des dizaines de fois au cours des derniers mois. Rappelez-vous la vidéo de cette infirmière en larmes qui a fait le tour de la province, il y a quelques mois. 

J’ai déjà dit à mon patron qu’on ne sauvait pas de vies lorsqu’il m’en demandait un peu trop. Les travailleurs de la santé, eux, en sauvent tous les jours. Il ne faudrait quand même pas les rendre malades.

Un autre exemple du manque de ressources dans le milieu de la santé ? C’est cette nouvelle judiciaire, signée par mon collègue Stéphane Bégin et racontant le cas d’un homme qui s’était barricadé et qui avait jeté des objets aux policiers, du haut de son balcon. 

« Le juge Michel Boudreault aurait voulu lui éviter la détention. Mais comme aucune ressource ne peut véritablement répondre aux besoins du détenu, le magistrat n’a eu d’autres choix que de lui imposer une sentence de prison », pouvait-on lire dans l’article. Ayoye.

Faute de ressources en santé mentale, on envoie le prévenu derrière les barreaux. Croyez-vous vraiment que son cas va s’améliorer ? J’ai bien peur que non. Et le pire, c’est que je ne parle même pas à travers mon chapeau. J’ai une proche qui a dû faire 10 mois d’incarcération, ayant épuisé les ressources en santé mentale autour d’elle. Elle avait commis une voie de fait. Âgée dans la fin soixantaine, elle a pris le chemin des cellules, alors qu’elle avait besoin de soins spécialisés. 

J’imagine que des « comités de travail » et des « tables de concertation », deux expressions qu’on entend chaque fois qu’un problème est évoqué, sont mis sur pied pour régler les problèmes de manque de ressources et de main-d’oeuvre. Je ne suis pas là pour blâmer quiconque. Mais, un moment donné, il faudrait que des actions soient réellement prises. Parce qu’un navire qui tangue finit souvent par chavirer.