L’ancienneté, oui mais...

CHRONIQUE / L’ancienneté. Un concept particulièrement abstrait en 2017.

Au boulot, j’ai souvent l’impression que je ferai toujours partie de cette génération de « jeunes ». Et si je regarde mes amies qui ont toutes autour de 30 ans, ce sentiment semble généralisé. Peut-être est-ce dû au fait qu’en 2017, plusieurs des jeunes travailleurs avancent plus lentement qu’en 1980. Des postes permanents à la sortie de l’école, c’est de plus en plus rare. Et des jeunes qui débutent différentes carrières avant de s’établir véritablement, ça, c’est de moins en moins fréquent.

Après neuf ans, je suis maintenant la plus vieille des jeunes au bureau. Je jouis donc d’une ancienneté, mais entre vous et moi, je souffre parfois du syndrome de l’imposteur lorsqu’il est temps de revendiquer mes droits. 

À vrai dire, j’ai toujours eu bien de la difficulté à m’affirmer professionnellement, ayant peur de déplaire, de décevoir. 

Je me sens presque coupable d’avoir mes fins de semaine de congé, lorsque je vois les plus jeunes travailler tous les samedis. Même si des samedis et des dimanches, j’en ai fait à la tonne au cours de ces dernières années. Je me sens presque coupable de prendre deux semaines de vacances, lorsque je vois les plus jeunes travailler tout en suivant des cours et en essayant d’avoir une vie personnelle au milieu de tout ça. 

C’est pour cette raison que le concept de l’ancienneté, aussi abstrait soit-il, reste quelque chose de bien nécessaire. Surtout pour les gens comme moi, qui ont bien de la misère à demander. 

Et pourtant, je trouve bien normal qu’un plus vieux gagne plus cher, qu’il puisse réserver ses dates de vacances avant les plus jeunes et qu’il jouisse d’un horaire plus intéressant. 

C’est ça, à mon avis, les avantages d’une ancienneté. 

Ce qui me dérange, par contre, c’est cette manie des plus anciens de pelleter dans la cour des plus jeunes générations, prétextant le fameux concept de l’ancienneté. 

« Demande à un jeune de le faire » ou « Il est capable d’en prendre, il est jeune », sont des phrases trop souvent entendues dans les milieux de travail. 

Et bien que les fondements d’une ancienneté soient, à mes yeux, une bonne chose pour l’équité professionnelle, surcharger les p’tits jeunes ne devraient pas être une solution. Parce que les plus jeunes deviendront les plus anciens un jour. Et parce que j’ai aussi l’impression qu’on en demande toujours plus à ceux et celles qui en donnent déjà beaucoup. 

« On fouette toujours plus nos meilleurs chevaux », entend-on, souvent. C’est sans doute vrai, mais on devrait aussi leur donner des breaks, aux meilleurs chevaux, histoire qu’ils ne s’essoufflent pas trop. Même s’ils sont jeunes et qu’ils sont capables d’en prendre.

Et même s’ils ne sont pas en tête de la liste d’ancienneté.