L’amour, ici et maintenant

Ça fait quelques années que je vous le cache. Mais je suis prête à faire mon « coming out ». Je sors avec un homme mature.

Pas un jeune de 40 ans. Un quinquagénaire ! Mon chum pourrait être membre de la FADOQ.

Presque 20 ans nous séparent moi et mon amoureux. C’est un sujet que je n’ai jamais osé aborder dans ces pages. Ça fait quand même cinq ans qu’on tient cette chronique hebdomadaire. Mais mon « petit vieux » est devenu le père de mon enfant, donc je suis « pognée » avec lui pour le reste de mes jours. Je ne peux plus le cacher. 

– Chéri, je blague. –

Pourtant, je ne cherchais pas un homme mature. Au contraire. Je critiquais ces couples à grande différence d’âge.

À la dernière année de notre université, une de mes amies était en relation avec un quinquagénaire. C’était 25 ans d’écart ! On avait beau dire que l’amour n’a pas d’âge, je ne voyais pas comment leur couple pouvait fonctionner. Cinq ans plus tard, c’est moi qui tombais en amour avec un homme plus âgé. Karma « is a bitch ».

Les premiers mois, je l’ai caché. Quelques personnes le savaient, mais sans plus. Notre relation n’allait sûrement pas durer. Alors, à quoi bon l’annoncer ? Mais que voulez-vous ? Je n’ai pas été en mesure de résister au mystérieux pouvoir de l’amour... et aux charmes de mon « monsieur ».

Et j’ai tout entendu. « Tu cherches ton père ? » « Tu veux profiter de lui ? » « Tu n’es pas capable de séduire un homme de ton âge. » Ce qui revenait le plus souvent, c’était la fin imminente de notre couple, causée par la mort de mon chéri. Tragique, n’est-ce pas ! « Il va mourir avant toi. Vous n’aurez pas beaucoup de temps à vivre ensemble. » Au début, on y pense, c’est vrai. C’est sans doute biologique, mais l’humain cherche une personne avec qui vieillir, avec qui fonder une famille. 

En y pensant, c’est un peu absurde. Certains de mes détracteurs sont aujourd’hui séparés. Ils avaient le même âge que leur conjoint, et ça n’a pas plus fonctionné. Baser son couple sur ce qui pourrait arriver dans 20 ou 30 ans me semble une très mauvaise idée. Brigitte Macron l’a compris aussi. 

Aujourd’hui, j’aborde cet écart d’âge avec humour. Ça me fait toujours rire lorsqu’une personne croit que mon amoureux est mon père. Ça arrive quelques fois par année, comme l’autre jour, à une ouverture de commerce à Saguenay. Notre bébé nous accompagnait à ce 5 à 7. Un des convives croyait qu’on faisait une sortie en famille de trois générations. Ou cet été, avec un contremaître de chantier qui m’a demandé si mon père allait revenir bientôt. 

Je ne leur en veux pas non plus. Mon conjoint a les cheveux poivre et sel, et quelques rides au visage. Comme Brad Pitt, disons. Bon, je ne suis pas très objective, vous en conviendrez. Et moi, j’ai parfois l’air d’avoir 22 ans quand je sors sans maquillage avec mes bottes de pluie. On m’a encore donné le tarif étudiant au centre de ski, l’autre jour. 

Comme plusieurs personnes, les études ne nous donnent pas beaucoup de temps. Des chercheurs d’Atlanta ont récemment établi la différence d’âge idéale à un an pour les couples. Plus l’écart se creuse, plus les chances de séparation sont grandes. Les couples avec une différence de cinq ans ont 18 % des chances de briser. À 10 ans d’écart, ce chiffre passe à 40 %. Le risque grimpe à 95 % pour les couples avec une différence d’âge de 20 ans. Ouch !

Le plus troublant, c’est que, malgré cet écart et ces statistiques, je n’ai jamais été aussi proche d’un de mes chums. J’ai toujours été follement amoureuse de mes anciens compagnons que je trouvais aussi beaux et intelligents que celui-ci. Mais on partage une façon de voir la vie que je n’avais jamais appliquée jusqu’à maintenant. Une urgence de vivre sans culpabilité. 

Comme mon amoureux le dit si bien : « Il ne faut pas manquer un tour ! »

Vivez le moment présent à fond !

Laura Lévesque