L’amitié à deux vitesses

CHRONIQUE / Je vous en ai déjà parlé; mon chum et moi parcourons le Québec en moto en saison estivale. Chaque été, nous essayons de découvrir une nouvelle destination en bolide à deux roues. Si je croyais être craintive, assise derrière mon pilote, à pencher d’un bord pis de l’autre dans les virages, je me suis plutôt découvert une vraie passion. Le sentiment de liberté, la vision 360 degrés des paysages, le fait d’être bien collée sur le conducteur et, bien sûr, la vitesse m’ont complètement charmée. Même la pluie ne me dérange pas, ou presque. Et il y a une courtoisie qui n’existe pas en voiture: le fameux salut des motocyclistes.

Donc, je planifie notre ballade de plusieurs jours, qui nous mènera cette année au bout de la Côte-Nord. Un beau 800 kilomètres pour se rendre à destination, avant de reprendre le chemin inverse.

Le seul inconvénient en moto, s’il en a vraiment un, c’est qu’il faut prendre des pauses régulièrement, afin de se dégourdir un peu le corps. Inutile de vous spécifier que mon chum n’a pas un Goldwing, alors non, je ne suis pas assise sur un Lay-Z-Boy ambulant.

Donc, s’il y a quelque chose qui me dérange un tantinet, lors de nos escapades, c’est le côté pas mal social à mon chum. J’ignore pourquoi, mais lorsqu’on fait de la moto, il y a une espèce de loi non écrite qui dit qu’on doit se lier d’amitié avec tous les motards qui croisent notre route.

Étant quelque peu farouche sur les bords, j’ai eu de la difficulté à m’adapter à cette nouvelle réalité. Voyez-vous, je suis appelée à parler avec des dizaines de personnes de tous les horizons chaque semaine dans le cadre de mon travail. Alors, lorsque je suis en congé, je suis plutôt du genre à éviter tout contact avec les inconnus.

Mon cher chum, lui, se fait un réel plaisir de discuter avec tous les motards que nous croisons. En attente du traversier, à la halte routière, au casse-croûte du coin; partout. Il jase, il jase, il jase.

Et moi, j’observe.

Ça m’a toujours fait rire de voir les motocyclistes se tenir en gang en attendant le traversier ou en prenant une pause à la halte. C’est comme si les personnes propriétaires d’une Toyota se liaient d’amitié sous prétexte qu’ils conduisent la même machine.

Mais je dois admettre que discuter avec de purs inconnus peut être synonyme de bons moments. Comme cette fois où nous attendions le traversier – oui, je suis une adepte de ce mode de transport, sauf celui de Matane... Nous avions fait la connaissance de quatre gentils motards. Ils étaient quatre, mais avaient trois motos. Le quatrième monsieur, d’un certain âge, faisait le trajet dans un side-car, accroché à la Harley Davidson de son ami.

«Nous avons toujours voyagé comme ça. Je suis handicapé, mais mon ami m’amène toujours avec lui», nous avait raconté l’homme qui se déplace en fauteuil roulant et qui avait été propriétaire d’une moto jadis.

«Je serais vraiment malheureux si je ne pouvais plus en faire du tout», avait ajouté cet homme, qui traînait sa chaise roulante pliante, attachée entre la moto et le side-car.

Nos avions finalement jasé près d’une heure avec ces messieurs. Bon, c’était plus mon chum qui jasait, et moi qui me tenais un peu à l’écart. Mais je n’ai pas manqué un seul bout de cette conversation.

Je les ai trouvé beaux, ces sexagénaires, qui se baladaient ensemble aux quatre coins du pays. Et je me suis un peu réconciliée avec cette manie de raconter nos vies à chaque motard qui croisent notre route.

Parce que certaines vies sont plus intéressantes que d’autres.