L'âgisme des snowbirds

CHRONIQUE / Les personnes âgées semblent toujours les premières victimes de l’âgisme. Mais cette forme de discrimination basée sur l’âge vient aussi des retraités.

C’est ce que les snowbirds font en refusant la présence de personnes de moins de 55 ans dans leurs parcs de Québécois. Vous savez, ces quartiers sécurisés de la Floride, formés principalement de francophones. Il en existe une tonne! 

J’arrive tout juste d’un autre court séjour chez des proches snowbirds. Comme on dit, on ne choisit pas sa famille... Je blague, évidemment. Je les adore! Et on aime les visiter. Pas plus que quatre semaines par année, par contre. Règlements du quartier obligent.

Mais les gens qui me lisent depuis mes tout débuts connaissent ma position envers ces retraités qui fuient le Québec pendant six mois. Six mois à moins contribuer à la richesse de notre province. 

Oui, ils payent leur impôt et taxe foncière comme tout le monde. Mais ils ne participent plus à la taxe de consommation, qui, rappelons-le, finance les services publics. En 2014, j’écrivais dans ces pages que si j’étais au gouvernement, je couperais leur droit de séjour à l’extérieur de la province à au moins quatre mois. Dépassé cette période, les snowbirds devraient payer une taxe spéciale pour conserver leurs privilèges de Québécois. À l’heure actuelle, les retraités migrants ont le droit de vivre six mois en Floride tout en conservant les avantages, dont la couverture médicale du Québec. 

C’est beaucoup, à mon avis, mais pour plusieurs, ce n’est pas encore assez. Quand je vais dans ce quartier de 55 ans et plus, j’entends toujours les voisins se plaindre sur leur retour imminent au Québec. «Personne ne vous oblige à revenir», que je leur dis. Évidemment, ils n’ont pas les moyens de payer les frais de santé aux États-Unis. Une hospitalisation coûte des milliers de dollars. C’est plus rentable de retourner chaque printemps en sol québécois.

Vous voyez mon amertume, légèrement teintée de jalousie, envers ces retraités. Pour moi, être citoyen, c’est comme une relation de couple. Pour qu’elle fonctionne, les deux doivent contribuer de façon égale. On ne peut pas juste profiter du bon et s’enfuir quand vient le temps de faire la vaisselle.

«On a payé toute notre vie pour profiter de notre retraite sous le soleil. Toi aussi tu vas vouloir quitter au chaud à ta retraite», me répondent-ils quand je les confronte amicalement à ce sujet. 

Ils ont raison. Malheureusement, avec notre portrait démographique, le Québec n’a pas le luxe de se passer des contribuables retraités. Ils vont bientôt représenter le tiers de la population. Alors que les Américains sont plus protectionnistes que jamais, est-ce qu’on ne devrait pas aussi l’être davantage?

Qui va payer pour leurs frais de santé qui n’iront sans doute pas en diminuant? Évidemment, les plus jeunes. Les mêmes moins de 55 ans qui, ironiquement, n’ont pas accès aux multiples quartiers américains bondés de Québécois. 

Des parcs qui seraient illégaux ici. Joint cette semaine, le porte-parole de la Commission des droits de la personne me l’a une fois de plus confirmé. Seules les résidences pour personnes âgées certifiées peuvent réserver leurs installations à une clientèle âgée. 

Au Québec, un promoteur immobilier ne pourrait refuser de vendre une résidence ou un condo à une famille avec des enfants ou à adultes de 30 ans. 

C’est ce que font les snowbirds, qui ont eux-mêmes voté les règles qui existent dans leur parc. 

Quand ils vont en Floride, ils ne fuient pas juste la neige. Mais les cris d’enfants et les lois.