La vibration de la victoire

CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte au fil des ans, mais je crois être une fille obsédée. Pas par des trucs bien méchants, je vous rassure. Je n’ai jamais été obsédée par une personne – bon, peut-être un peu par Nick Carter, mais c’était à une autre époque – et je n’ai jamais fait peur à autrui. Du moins, je crois. Je n’ai jamais espionné un voisin, grimpé dans un arbre, ni envoyé des lettres d’amour en série. Alors, je dois être correcte. Si je me décris comme une personne légèrement obsédée, voire complètement obsessive, c’est que lorsque j’aime quelque chose, je deviens un peu intense. Parlez-en à mon entourage depuis que je me suis offert une montre intelligente.

Ma nouvelle obsession est donc celle des pas effectués en une journée. Cette montre intelligente me dit tout. Combien d’étages ai-je montés dans ma journée, combien de minutes ai-je été active, elle me donne mes fréquences cardiaques, me dit combien de calories j’ai brûlées, combien d’heures j’ai dormi. Elle me donne même la journée où mes menstruations devraient commencer.

Mon objectif est donc de 10 000 pas par jour. Un objectif pas si facile à atteindre lorsqu’on travaille devant un ordinateur. Étant une fille assez active, j’atteins mes objectifs régulièrement, du moins chaque fois que je fais du sport dans ma journée. Sinon, je dois redoubler d’imagination pour atteindre mon objectif. Lundi, alors que j’avais effectué 4000 pas en matinée en faisant mon ménage, j’ai eu toute la misère du monde à augmenter le compteur en après-midi et en soirée, puisque j’étais au journal. Il ne me restait que 2000 pas à faire lorsque j’ai prétexté une commission au Provigo, situé à environ 500 pas du bureau. Eh oui, chère Thérèse, si je vous ai rencontrée à l’épicerie, c’est parce que je remplissais mon incroyable mission.

En revenant, je n’avais toujours pas atteint ma cible. J’ai donc pris quelques minutes pour faire le tour de la bâtisse deux fois plutôt qu’une. Je suis retournée à mon bureau victorieuse, puisque ma belle montre m’avait félicitée en vibrant à mon poignet.

Même mes collègues me trouvent un peu tannante avec ma nouvelle passion, puisque je marche en rond dans la salle de rédaction lorsque ma montre me dit qu’il me manque quelques pas à faire. Mais bon, je me dis qu’il y a des choses plus dramatiques que ça dans la vie. Si quelques pas peuvent me rendre heureuse, aussi bien en profiter.

Étant anxieuse, j’ai toutefois pris la décision de désactiver la fonction permettant de lire ma fréquence cardiaque. Ayant peur de subir une crise cardiaque dès que mon rythme s’emballait ou craignant que mon coeur s’éteigne si mon rythme descendait un peu trop bas à mon goût, j’ai décidé de me passer de cette fonction, par crainte de développer une nouvelle obsession. Je préfère l’obsession des pas à celle de la crise cardiaque.

J’ignore si cette passion pour ma nouvelle montre me suivra bien longtemps. J’espère que oui pour ma santé, mais je me doute bien que mes amis souhaitent que ce ne soit que passager. Patricia Rainville